Didier Soret, artiste réunionnais

Didier Soret. 

Voici le travail plastique et numérique de Didier Soret, artiste contemporain  à La Réunion qui a accepté de publier ses oeuvres ici, des oeuvres riches, soignées à la fois traditionnelles, contemporaines, sensibles, irradiantes et bouleversantes qu’il a bien voulu commenter. (article en formation)

Les notions plastiques à l’oeuvre (composition,hétérogénéité, assemblage, prélèvement, hybridation, emprunt, fragmentation, temporalité, espace, contrastes, narration, point de vue, installation, in situ, mise en scène, accumulation, etc) peuvent être reprises pour les niveaux de 5ème à la 3ème.

Deux polyptyques à l’empreinte réunionnaise mais aussi dans la tradition des polyptyques par Didier Soret que nous remercions vivement pour le prêt de ses photographies de ses oeuvres.

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‘Hommage à mes ancêtres esclaves‘ ©Didier Soret, 160 x 120 cm photo et herbier de la Plaine des cafres marouflé sur 3 toiles

 

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Didier Soret

‘La Réunion’, ©Didier Soret, polyptyque de 520 cm x 120 cm photo et herbier de la Plaine des Cafres marouflés sur toiles

« La thématique des fleurs est récurrente dans le travail de Didier Soret ; on la retrouve dans Eclosion et Pensée d’eau en 2005, diptyques grand format, qui proposent en très gros plans des images fascinantes et inhabituelles de la flore de l’île, que l’artiste part régulièrement explorer. Elles s’inscrivent dans la continuité de sa démarche concernant la révélation du patrimoine endémique de La Réunion et de toutes les mutations à venir suite aux changements climatiques et aux déséquilibres de l’environnement planétaire. Ce travail fait écho aux recherches en photographie, vidéo et infographie qu’il mène depuis 18 ans. » voir article de l’ artothèque.

« Dans « hommage à mes ancêtres esclaves » il y a des photos en grisaille. D’où proviennent-elles ?DP

 « Tout commence avec le fond: un herbier de mon jardin à la Plaine des Cafres. Les 3 tableaux sont montés ensemble avec une succession de collages de papiers fins et transparents et de feuilles, herbes de mon jardin, puis viennent les scéances de découpage et montage progressivement en fonction du fond qui guide l’ensemble de la composition. J’ai un ensemble de photos collectées à la Réunion fleurs feuilles et un autre ensemble faisant partie du patrimoine culturel réunionnais; des photos que j’ai faites d’oeuvres anciennes d’artistes réunionnais du 18e et 19e siècle prises dans les collections du musée Léon Dierx et de l’Artothèque tels que Hastrel et Antoine Roussin (corpus de ma thèse de doctorat)  le noir et le blanc face à la couleur est un jeu entre mes propres productions personnelles (couleurs vives) et celles des anciens artistes réunionnais et occidentaux (noir et blanc et couleurs passées) c’est un vas et viens entre le passé et le présent en fonction des couleurs et/ noir et blanc. »DS

Et pourquoi as-tu choisi de partir sur des polyptyques pour honorer tes ancêtres et la Réunion ? »DP

« Polyptyque car cela raconte en découpant des tranches d’histoires à La Réunion : La traite (le marché aux esclaves et la venue par la forte et le déracinement à La Réunion) la colonisation (l’exploration puis l’exploitation des terres faune flore par les maîtres et les esclaves) la créolisation (le mélange des races ou ethnies entre elles par les amours des noirs, indiens chinois, malgaches et blancs (dominant par la taille et la place dans le triptyque)entre eux durant plus de 3 siècles et la naissance des métis le fruit de ces brassages historiques, culturels et religieux …. les fleurs du panneaux central)  » DS

Oeuvres numériques:

Tirage sur dibond 80 x 80 cm (toutes les 15 créations sont des pièces uniques)

« le dibond est une plaque d’aluminium spéciale (le temps ne laisse aucun effet – aucun jaunissement -aucune courbure – aucure rayure et résistant au UV et donc fait également pour l’extérieur)  utilisée par les photographes professionnels sur grand format la qualité est exceptionnelle » DS

Didier Soret La Fournaise 12

©Didier Soret La Fournaise 12

Didier Soret La Fournaise 14

©Didier Soret La Fournaise 14

Le piton de la Fournaise, qui culmine à 2 632 mètres d’altitude, est le volcan actif de l’île de La Réunion.

Quels sont tes procédés numériques ? DP

« Il s’agit d’une succession de plusieurs photos numériques travaillées en filtre. La création ne se limite pas à la réalisation des 6 à 8 photos qui se positionnent les unes sur les autres pour créer la photographie finale mais au cadrage et à la fusion de celles-ci, les unes par rapport aux autres, pour présenter l’articulation des phénomènes météorologiques et volcaniques de La Réunion, puis vient le travail de mise au point de la lumière et des contrastes qui se réalise aussi grâce à un logiciel. «  DS

Résistance, 500 cm x 90 cm ©Didier Soret

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« RESISTANCE cette installation de 5 mètres sur 90 cm présente 5 chameaux portant 10 bertelles (petits paniers traditionnels portés à l’origine sur le dos par les créoles réunionnais) Le choix des chameaux transportant sur leur dos des objets liés aux cultures, ethnies et religions des africains, indiens, chinois et occidentaux  s’inscrit dans leur aptitude à survivre dans le désert grace à leurs 2 bosses de graisse. Il fait écho à la persistance et à l’unité des multiples cultures installées depuis plus de 3 siècles sur le territoire de La Réunion. » DS

Coulée de Chlorophylle, ©Didier Soret, papier mélangé à du carton puis malaxés à de la peinture acrylique, colle et résine acrylique

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©Didier Soret « REUNION » polyptyque de 550 cm x 300 cm photographies et herbier de la Plaine des Cafres marouflés sur 7 toiles avec chaîne de 10 mètres reliée à des cabochons baroques en céramiques.

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 « C’est un Saint Sébastien répété en 7 fois  comme un procédé magique pour évacuer le mal et la souffrance. C’est un travail de reconstitution de la mémoire esclavagiste à La Réunion » DS

Pourquoi ce travail ci-dessus est si important pour toi ? DP

« Le travail « REUNION » est important dans ma démarche car il renouvelle plastiquement mon attachement au polyptyque en y intégrant de manière différente des éléments neufs comme la chaîne et les cabochons baroques en céramiques. Dans cette perspective je peux le définir comme une « installation polyptyque » jouant sur les méandres de l’espace par le jeu de la chaîne de 12 mètres.  La répétition induit une montée en puissance des sentiments de cauchemar, d’horreur et de traumatisme vécu par mes ancêtres esclaves à la REUNION. « 

Oeuvres présentées à la Villa de La Région à Saint-Denis de La Réunion en aout 2014.

Parle-nous de ton rapport à l’art en rapport avec les cultures réunionnaises? Comment touches-tu ton public ?: DP

« La Réunion est une culture fondée sur la littérature. Le livre, la prose et la poésie dominent les 3 siècles d’esclavagisme et de colonisation. Les rares tableaux ou sculptures présents chez les colons exposaient plus intensément leur domination. Notre sensibilité créole débute dans le domaine des arts visuels seulement au début du 20e siècle (avec un ambigü mélange d’attirance curieuse et de rejet ancestral) avec l’arrivée de la collection Ambroise Vollard, alors que celle de l’Occident s’est construite simultanément en arts plastiques et en littérature sur plusieurs siècles.

   J’articule la créolisation (réunionnaise) avec l’art contemporain et avec le monde lorsque j’universalise mes créations à partir de sujets et de thèmes qui parlent à toutes les femmes et à tous les hommes. Exemple : Cyclone-Volcanique ou Hommage à mes ancêtres esclaves. Tous de toutes les cultures, ethnies, histoires et confessions religieuses se retrouveront dans mes travaux qui interrogent notre passé, notre présent et notre avenir.

   Les liens qui se tissent entre mon travail et l’art contemporain et avec le monde résident dans la démarche puis l’exploration de techniques et médiums conduisant à la RECHERCHE. Je définis l’art contemporain comme un art visant à la recherche.  Mais la différence entre l’art et la science dure et là je cite Renaud Auguste-Dormeil (artiste plasticien), c’est que l’art peut se tromper. « 

« J’ai une grande admiration voire une passion pour l’artiste, le travail de l’artiste et le discours de l’artiste HANS HAACKE. (…) 

A la Réunion j’apprécie et j’intègre dans mon travail les oeuvres des artistes du 18e et 19e siècle tels que Patu de Rosemont, Hastrel et Antoine Roussin. J’apprécie le témoignage et la nostalgie qu’ils portent dans leurs oeuvres.

En littérature je suis un très grand fan de Rainer Maria Rilke et en priorité ses oeuvres traitant de la mort et de la pauvreté. » DS

Quel est ton rapport à l’histoire ?

   Je travaille sur des thèmes que je n’ai pas vécus. C’est une fiction que je raconte ou suggère en réinventant par exemple l’aventure du chemin de fer, de la promenade (Aube), de la traite et de l’hommage à Antoine Roussin et des artistes locaux et européens (polyptyques), de l’exploration de La Réunion (Fournaise, coulée de chlorophylle et exo squelettes) puis, des temps anciens à l’île de La Réunion.

>      Né en 1968 dans le département et ayant vécu 27 ans à Paris (Beaux-arts de Paris dans les atelier de Jan Voss, Barbara Leisgen et Annette Messager), je reconstruis une histoire passée qui hante ma mémoire que je n’ai pas vécu (indirectement par l’intermédiaires de mes grands-parents et arrière grands-parents).

>      Je reconstruis par le collage, le montage, l’installation le numérique un palimpseste qui présente une tranche de vie manquante, celle vécue à Paris loin de La Réunion. C’est une reconstruction des souvenirs liée à la nostalgie passée. Celle-ci demeure très trouble avec des images et des sentiments très lointains que je recherche lentement à l’île de La Réunion.

Prenons un bol d’air et sortons à l’extérieur:

« Il s’agit de  squelettes marins ou exo squelettes …  de coquillages qui rappelent l’état alarmant de notre planète des créations allant de 200 cm x 130 cm environ au nombre d’une cinquantaine sculptés en fil de fer galvanisé recouvert de plastique blanc. »DS

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 « Puits de lumière  » scotch en plastique sur fil de fer galvanisé, 35 puits de 130 cm de diamètre exposition dans les jardins du Colimaçon à La Réunion en 2009. DS

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©Didier Soret

 » L’once de lumière peut apparaître comme l’espoir d’une culture réunionnaise propice à la paix et à l’harmonie des peuples. » Didier Soret

Aube, Didier Soret

AUBE

Travail numérique à partir de logiciel intitulé  « AUBE » 2014 tirage 80 x 80 cm sur toile

« L’objectif a été de fabriquer une image numérique à partir de technologie actuelle pour un rendu poétique et pictural. « Retrouver cette naissance d’une journée au premier levé du jour, la fraicheur matinale et la rosée montée !!! »Didier Soret

Aube bleue, Didier Soret

AUBE BLEUE

Que t’apporte le numérique que ne t’apportent pas les techniques traditionnelles ?

 

      Le numérique est un moyen technique accentuant la distanciation entre travail réalisé et créateur. C’est-à-dire que la main, vecteur traditionnel de la sensibilité, du trait, de l’expression du style est différente puisque les logiciels et la mise en forme par l’ordinateur se concrétisent virtuellement sur l’écran. Cet écart me paraît pertinent et porteur (poïétique). Il suscite chez le créateur une plus grande maîtrise de son projet artistique pour un rendu plus sensible et convaincant sur fichier ou tirage numérique sur dibond. Réaliser des travaux numériques permet de renforcer l’abstraction de sa démarche conceptuelle et de mieux appréhender et de concevoir un projet créatif virtuel.

 

Quel rôle pour toi doit avoir un artiste à fortiori dans les îles ?

 

   Vivre dans une île (fortement éloignée de l’art contemporain) pour l’artiste c’est subir l’isolement. Isolement voulu et désiré par moi-même. Par contre les moyens de communications actuels rapprochent de ce qui se fait de manière indirecte car nous ne vivons pas cela sur place. Ce recul est à mes yeux salutaire car la double distanciation permet de voir différemment l’art et d’apporter sa contribution autrement. La petitesse de l’île de La Réunion et la pesanteur du quotidien obligent l’artiste ilien à redoubler d’effort et d’ingéniosité pour sortir des sentiers battus des stéréotypes.

      Il est nécessaire de me servir de la lourdeur de mes quotidiens (Professeur d’Arts plastiques, Chercheur en Histoire de l’art, Mari et Père de famille) pour proposer en tant qu’artiste inscrit dans une vie banale et confortable une démarche différente construite sur des codes artistiques de différentes cultures en perpétuelles évolutions dans le temps et l’espace.

 

Peut-il apporter un regard nouveau sur les autres cultures ?

 


      L’artiste ilien peut apporter un regard nouveau sur les autres cultures à condition d’avoir voyagé précédemment, d’avoir goûté à la différence de l’étranger !!! Ces chocs de cultures de langues et de moeurs sont indispensables pour devenir citoyen du monde et apprendre à apprécier la différence des autres et à l’intégrer à notre « moi » intime. Les voyages immobiles sont également importants (livre, cinéma, théatre, musique, danse …) ils contribuent à cet épanouissement.

 

   La Réunion offre une terre parsemée de diverses cultures, religions et ethnies qui vivent en harmonie depuis 3 siècles mais rester à La Réunion pour travailler la culture ilienne est problématique. On est vite rattrapé par la petitesse physique et l’insularité des esprits étriqués. Le recul est primordial pour pouvoir mieux voir et créer avec plus de fantaisie, de distance et d’humour …

 

Je suis rentrée petit à petit dans l’oeuvre de Didier Soret et j’ai éprouvé une variété d’émotions liées à son travail expressif et pénétrant mais aussi à cause de l’histoire difficile de La Réunion. Je te remercie, Didier, de tout le temps que tu as accordé pour rédiger cet article et suis très touchée par ta générosité artistique et humaine.

Longue vie d’artiste ici et ailleurs !

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