Léo Caillard, photographe visionnaire

 Merci à Léo Caillard qui a répondu avec patience à mes questions et encore bravo !
Léo Caillard est un photographe avant tout.
Il voulait faire des études scientifiques mais, dès l’âge de 16 ans, il a été mordu par la photographie. Plus tard, il devient diplômé de la célèbre Ecole des Gobelins en 2008 et part dans d’autres pays pour assister des photographes. Il s’installe un an à New-York.
La photographie ne le quittera plus.
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Il rend avec son oeil singulier la poésie du monde. Mais grâce à l’outil numérique, il décuple le potentiel de ses photographies en leur conférant, avec le montage, une nouvelle virtualité presque tangible. Ses images ont la force du vrai et de l’authenticité. Les crédules et naïfs vont croire à ces mises en scènes montées de toutes pièces. Dans l’image ci-dessous, le reflet de la verrière est représenté sur la plaque de verre recouvrant le tableau. On s’y croirait !
« Léo Caillard fait partie de cette nouvelle génération de photographes émergents travaillant la photographie avec un regard singulier. Loin de l’instantané, c’est une approche plasticienne et méticuleuse qu’il nous propose d’observer. Par le jeu des techniques actuelles, Il fait se rencontrer différentes époques au cœur d’une même image. Cette approche nous invite à redécouvrir avec un œil nouveau le passé et le présent » extrait de sa bio.
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Comment procédez-vous pour faire vos photos ? DP
« Mon travail s’apparente plus à celui d’un réalisateur de cinéma que d’un photo-reporter. Loin de l’instantané, c’est une approche de mise en scène et de création d’images qui habite mon travail.
Je commence habituellement par un Story Board rapide de l’idée avec quelques croquis, puis vient ensuite la réalisation technique, souvent sur plusieurs jours de prises de vue afin d’avoir la bonne lumière sur tous les éléments à utiliser. » L.C
Dans la série « Art game », le Musée devient un sanctuaire aux écrans tactiles, tablettes et autres outils numériques. Le montage est parfait: la lumière réelle des salles d’expositions coïncide avec les reflets dans les tablettes. L’atmosphère est cohérente et homogène. Léo Caillard en magicien nous fait découvrir ce que pourrait être le Musée de demain.

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Quelle est la part de réel dans celles-ci ? DP

« Bien plus qu’on ne l’imagine. Je suis certes un photographe qui utilise le montage , où l’utilisation créative de la retouche me permet d’aboutir à mes visuels, mais il faut avant tout partir d’une bonne base photo pour réaliser un bon montage.

Dans cette matière « réelle » qu’est la photographie ( et encore, c’est discutable par le simple fait du point de vue du photographe.. ) j’y amène ma part de virtuel.

Après tout, certaines de mes images sont peut être plus  » réelles  » que si elles n’étaient pas retravaillées. Elles décrivent notre société et nos habitudes et, en ce sens, c’est là que leur réalité s’exprime. » LC
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Que pensez-vous de l’entrée des réseaux sociaux dans les Musées: rêve ou réalité ? DP

« Réalité. Rien ne remplacera l’expérience directe d’une oeuvre mais la visibilité des réseaux sociaux et les outils numériques sont devenus la nouvelle donne des musées en terme de communication.

A voir l’extraordinaire  » Google Art project « où l’on peut visiter en très haute definition l’ensemble des musées du monde où encore les millions d’abonnés Facebook de la page du Louvre ou de la Saatchi Gallery à Londres.

Ce qui ne m’empêche pas de critiquer le fait de voir des visiteurs du musée prendre en photo numérique sur Smartphone les tableaux qu’isl voient avant même d’avoir pris le temps de les regarder…
Le numérique est un outil, il doit aider à partager la culture au plus grand nombre, mais ne doit pas devenir un prisme d’appréciation de la réalité, nous coupant du sublime de l’Art. »LC
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Dans la série « hipster in stone « , Léo Caillard fait coïncider différentes époques.
 Hipster » est un terme anglo-américain apparu dans les années 1940 et qui désignait à l’origine les amateurs de jazz et en particulier du bebop : les premiers hipsters étaient généralement de jeunes blancs qui adoptaient le style vestimentaire et fréquentaient des musiciens afro-américains. »
Vers les années 210, en France, le terme de Hipster s’impose pour désigner un phénomène plus que vestimentaire mais bien une façon de penser : individualiste tentant de se démarquer des autres.
« Hipster » veut aussi dire « taille basse », on peut songer à la taille douce, terme de gravure, mais aussi aux pantalons coupés de manière à allonger le torse qu’on appelle « taille basse ».
Le fait de rhabiller les statues fait également référence à une restauration particulière de la Chapelle Sixtine. La Fresque du « Jugement dernier » de la chapelle Sixtine est inaugurée en 1541. Mesurant environ 13 mètres sur 12 et réalisée par Michel-Ange, l’œuvre tourmentée donne une vision dramatique et douloureuse du jugement dernier et rompt ainsi avec la tradition. La représentation de plus de quatre cents personnages, tous nus, provoque de vives critiques. Certains personnages seront même « habillés » en 1566. (Linternaute)
Léo Caillard crée des images qu’on pourrait croire bien réelles où les statues antiques sont habillées selon les modes contemporaines. Les drapés virtuels s’ajoutent à ceux qui sont bien concrets. Une atmosphère étrange émane de ces images où le passé cohabite avec le présent.
Comment avez-vous fait pour que le vêtement colle si bien à la peau des statues ? DP
« C’est un procédé technique de montage où je photographie en studio des modèles portant les vêtements et refaisant la position exacte de la statue.

De mon côté, tout l’enjeu est de refaire la même lumière en studio et de bien diriger le comédien pour retrouver, par superposition, l’exacte même pose.

C’est méticuleux.. Mais amusant ! »LC

«  Dans cette salle, la majeure partie des statues sont nues et représentent des dieux grecs ou des personnages iconiques qui semblent éloignés de nos références actuelles. Je les ai regardés, posés, comme ça, et ils m’ont finalement semblé très actuels. Je me suis dit qu’habillés, il ressembleraient plus au “hipster” [jeune branché adepte de culture “non-mainstream”, ndlr] du coin qu’à un dieu grec. »LC

J’ai demandé au Louvre l’autorisation de poser des T-shirts, des vêtements, mais c’était impossible, on ne peut pas les approcher.  »LC (Rue 89)

 Léo Caillard a cherché des modèles de même corpulence que les statues et réalise son montage. Tout cela est très complexe: même lumière, même atmosphère, ajustement des vêtements, harmonisation des couleurs et des textures, enfin bref, cela prend du temps.

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Que pensez-vous d’internet ? DP
« Dans ce monde si tristement inquiétant, où les tensions écologiques, géopolitiques et financières tendent les peuples entre eux, un outil de partage et d’échange du savoir global est le seul moyen d’unifier et de penser le monde autrement pour les siècles à venir.
Internet en est encore à ses débuts, le meilleur côtoie le pire, mais j’espère que l’avenir nous prouvera que ce formidable outil a le potentiel de changer le monde. »LC
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La photographie est « jubilatoire » par excellence. Quel est le moment jubilatoire dans votre processus d’élaboration ? DP
« La photographie est jubilatoire lorsqu’elle traite de l’instant T ( reportage , évènements ). En effet le fait de capter le bon moment est excitant.
Dans mon cas, celui d’une photo plus conceptuelle, le bonheur est finalement en amont de la production, lorsque l’idée émerge.  Cette phase de recherche, qui souvent s’accompagne de visites au musée, d’expositions, de recherches diverses, aboutit à un instant particulièrement plaisant où l’idée se révèle d’un seul coup. Ensuite, le travail commence pour la mettre en image.. »LC
 
Le numérique décuple-t-il cette sensation ? DP
« Non. Le numérique est un outil, il ne donne pas de sensations à proprement parler mais ouvre le champs des possibles. En ce sens il participe au plaisir de la création mais n’est en aucun cas son fondement. Seuls l’oeil et l’esprit du photographe sont les vecteurs de sa créativité. Chercher du plaisir dans l’outil serait se méprendre sur le principe même de la recherche esthétique. »LC
C’est en effet le souci des nouvelles technologies qui tendent vers » l’effectisme » : l’effet prime sur le tout. C’est un autre travail, une autre forme de pensée, une autre esthétique…

A propos artsplastiques

site de cours d'arts plastiques en ligne destiné aux élèves, aux parents et aux enseignants. Vous trouverez des séquences d'arts plastiques avec des productions d'élèves autour de l'objet, de l'image et de l'espace conformément aux programmes. Ces cours en ligne permettent d'échanger des pratiques avec notamment le numérique au centre de nos apprentissages.

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