Ru Xiaofan, critique de notre société de consommation

Ru Xiaofan est un artiste chinois né en 1954, durant la révolution culturelle – à l’époque des cents fleurs, un sujet important pour l’artiste – installé en France depuis 1983. Arrivé en France après 5 ans d’études aux Beaux-Arts de Nankin, il entre aux Beaux-Arts de Paris, dont il sort diplômé en 19861,2. Sa première exposition personnelle en France a lieu en 1987. Ru Xiao-Fan a commencé à réaliser ses premières peintures à l’encre de Chine. « A cette époque, je cherchais ma voie. Je tentais d’établir un lien entre mon apprentissage de la calligraphie chinoise et l’histoire de l’art occidental », explique l’artiste.

On pourrait croire en voyant ces peintures qu’il s’agit d’une fête des objets, d’une fête des sens. Les couleurs sont abondantes et vives. Mais il n’en est rien. Derrière la beauté du voile se cache une horrible mariée.

« De 1996 à 2000, Ru Xiao-Fan réalise sa série des Cent fleurs, 100 huiles sur toile, en référence à la censure artistique et politique durant la Révolution culturelle, qui l’ont poussé à quitter la Chine. L’artiste invente son propre langage floral. Ses peintures montrent les fleurs comme anthropomorphiques, en groupes ou comme des extensions du corps humain. »(1)

Sa peinture lisse et nette met en scène des personnages avec des objets à cause desquels ils perdent toute identité.

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Ce visage disparaît derrière des chaussures rouges, symbole de la féminité et du désir.

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Les tubes de rouge à lèvres sont disproportionnés. La femme est comme une sorte de présentoir de ces objets qu’elle convoite.

Les enfants ne sont pas épargnés avec les tonnes de jouets. (on songe à Daniel Firman)

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Les hommes en prennent également pour leur grade !

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La tête fleurie de Xiao Fan  Ru  ( 2012) au symbolisme troublant raconte l’enfermement et l’évasion
(note de l’artiste )

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Mais ces peintures sont très colorées et vives. Ce sont pourtant bien ces objets qui donnent aux peintures leur aspect festif et ludique. La séduction est forte avec ces peintures très attractives. La société de consommation est comme une sorte de rêve magique où finalement les hommes, les femmes et les enfants finissent par être engloutis.

En 2005, il peint la série Bubble Game. Le peintre met cette série en chantier au moment de l’explosion économique de la Chine, dont il prend conscience, lors de son retour dans son pays natal, à l’occasion d’une exposition au Musée d’art contemporain de Shanghaï. Les peintures n’ont pas d’échelles et semblent être constituées comme des sortes de visions symboliques et poétiques de notre monde. L’artiste joue sur les transparences avec de nombreux glacis qui confèrent à la toile cet aspect de chewing-gum. Les objets dévorent les images jusqu’à la limite du possible. L’image est étouffée par ce qu’elle représente: une saturation d’objets tant convoités.

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Depuis 2013, l’artiste se concentre sur la condition humaine. « C’est comme si j’étais arrivé dans une autre dimension, plus méditative. Je peins des natures mortes sous cloche, de manière faussement réaliste, comme des trompe-l’œil. J’ai pensé à une phrase d’un philosophe qui disait que, quand Dieu regarde les humains en train de réfléchir, il rit. ». La couronne est le symbole du pouvoir ici occidental. Et le petit playmobil face à la mer nous rappelle un épisode tragique de l’actualité.

Révélation: 2015

France, peinture de Xiaofan Ru dans son atelier des Lilas prs de Paris//France, Ru Xiaofan painting in his workshop in Les Lilas near Paris
France, peinture de Xiaofan Ru dans son atelier des Lilas prs de Paris//France, Ru Xiaofan painting in his workshop in Les Lilas near Paris

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La beauté est au coeur de ces oeuvres si fines et parfaitement réalisées. La beauté du terrible semble pourtant hanter chacune des ces images sublimes et d’une certaine manière sans « âme ». Les objets ont de la couleur mais n’ont pas de matière, de texture particulière: tout semble être vu comme à travers des lunettes polissantes. Visions éthérées de notre réalité où l’homme se perd dans les objets et oublie l’essentiel de la vie.

Les objets accèdent à une sorte de statut « divin », objets de tant de concupiscence.

L’artiste dans son site écrit un texte bouleversant sur la dictature chinoise et l’impact que celle-ci a eu dans sa vie.

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 » Et si c’était le symbole de mes pires craintes, jamais vaincues, jamais enterrées, les voila ressurgies d’une froide stèle anonyme, flottantes, séduisantes, dans les couleurs de l’illusion? (…) Le symbole de la liberté qui me préserve du temps, du lieu et de l’espace que le destin m’impose?. (..)Et si cela était Mao? » Un préservatif recouvre le haut du visage de Mao afin que sa doctrine ne contamine pas le monde. Ce témoignage est poignant.

Relations au programme:

Cycle 2:

La narration par l’image

Cycle 3:

La ressemblance

La cohérence plastique

Les mises en scène d’objets.

Cycle 4:

Les représentations et statuts de l’objet en art

(1) http://www.creationcontemporaine-asie.com/pages/artistes.html

 

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