L’art est-il un mensonge ?

L’art est-il un mensonge ?

Le mensonge est une affirmation contraire à la vérité faite dans l’intention de tromper. « Il n’est pas possible de dire la vérité, mais on peut faire des mensonges transparents: c’est à vous de voir au travers. » (Renard,Journal,1902, p. 726). L’art serait-il une duperie ? On pourrait le croire en effet, ne serait-ce que dans l’expression plastique du trompe-l’oeil. On peut se demander si l’art trompe de manière volontaire ou alors s’il n’est pas possible pour lui, de part son essence, d’accéder à la vérité. L’art énoncerait-il de pieux mensonges ? Dans l’intention d’épargner quelque chose de pénible ? Quel serait l’intérêt de l’art, à la fois pour lui-même et pour le public, à mettre en scène des choses inexactes ? Le but de l’art est-il de faire accéder à la vérité ou au contraire de la corrompre ? Picasso ne disait il pas  » l’art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité ! » ?

L’art est un leurre.

Pendant de nombreux siècles, l’art a été pensé selon des règles d’imitation de la nature. La compétition dans cette voie de la mimesis est bien relatée par Pline l’Ancien : << Le peintre ZEUXIS et son rival, PARRHAZIOS firent un concours pictural. Zeuxis peignit des raisins. Ils étaient si vraisemblables que des oiseaux, passant par là vinrent les becqueter. Parrhazios, quant à lui représenta un rideau peint sur une grande surface, puis attendit. Zeuxis , l’apercevant, lui demanda alors de retirer ce rideau pour voir enfin ce tableau mais constatant alors son erreur il félicita Parrhazios de l’avoir piégé, lui, un artiste, alors que lui-même n’avait trompé que des oiseaux >>.

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« L’art est, pour moi, l’expression d’une pensée à travers une émotion, ou, en d’autres termes, d’une vérité générale à travers un mensonge particulier », écrivait Fernando Pessoa, Lettre à Costa, 1925.

Le chardonneret de Carel Fabricius est un petit chef d’oeuvre de trompe-l’oeil. L’oiseau est saisi sur le vif. Mais il s’agit d’une représentation plane, d’un chardonneret en particulier et non de cet oiseau en général.

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On comprend bien pourquoi Magritte a peint Ceci n’est pas une pipe.

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Il ne s’agit pas d’une pipe mais d’une représentation de celle-ci. Magritte montre le rapport ambigü que l’homme entretient avec les images. Par exemple, si nous demandions à des enfants de nous dire ce que c’est : tous répondraient que c’est une pipe !

Même dans les peintures surréalistes, la relation au monde visible est encore tenace dans sa volonté de le reproduire visuellement comme dans cette oeuvre de Dali.

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Les artistes ont fait des portraits des grands de ce monde sans les montrer sous leur vrai jour mais en les flattant. Ainsi Rigaud propose un portrait de Louis XIV pas tout à fait conforme à la réalité. Le galbe des mollets du monarque ne reflètent pas son âge avancé.

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L’art énonce des vérités.

Lorsque les peintres s’éloignent de la mimésis, c’est pour exprimer davantage la vérité du sujet représenté comme le témoignent les autoportraits de Rembrandt ou de Francis Bacon. L’art ne montre plus une représentation fidèle de la réalité mais se livre davantage à une introspection. On voit bien dans les Autoportraits de Francis Bacon, ci-dessous, qu’il n’est plus poings et pinceaux liés à la fidélité visuelle. Le visage est déformé et devient plus expressif. La vérité d’une expression jaillit de ces tableaux. La vérité serait-elle inaccessible pour les artistes ? Quand l’art se rapproche de la vérité n’est-ce pas aux dépends de la réalité visuelle ?

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« L’art le plus puissant est celui qui nous élève dans des sphères surhumaines où nous oublions la vie : la musique en est le type. L’art ment doublement : parce que malgré son caractère essentiel de fiction, il travaille à devenir réalité. « Dès que le monde fictif existe, il ne peut exister que dans le monde réel,  cela est trop évident. Il est une image réelle d’un monde qui n’existe pas, si ce n’est dans cette image. Peu à peu, il tend à devenir réel, non point en cessant d’être fictif mais en s’incorporant et en se subordonnant de plus en plus le monde réel. » Fr. Paulhan

L’art contemporain en quête du vrai et non de la vérité.

Ben, artiste contemporain qui met en scène ses idées écrit cette phrase:

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C’est peut-être l’art contemporain qui, dans ses frasques, se rapproche le plus de la vérité. Mais est-ce la vérité qui est en son coeur ou la volonté de produire du vrai ?

Gérard Willemenot propose une nature morte illusionniste assez originale: Magie-mirage mais on pourrait lire également mariage, image, marie, marge, mage, agir, gag, etc !

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La première vérité que pourrait énoncer l’art est bien celle qui dit qu’il n’est que magie visuelle, image miroir,

Marcel Duchamp réalise un coup de maître avec Fontaine. Il dépose un urinoir dans un Musée et fonde le concept de Ready-made. L’objet n’est plus représenté mais bien présenté dans le lieu d’exposition. L’objet à partir de ce geste iconoclaste n’en finira pas de s’installer dans les Musées.

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La quête du vrai et non du vraisemblable est au coeur de l’art contemporain. Les oeuvres d’art sont plus proches de l’idée de témoignage par les objets et images. La quête de l’indice (rapport direct) pousse les artistes à explorer le champ de la présentation.

Par exemple, Peinture haute-tension de Martial Raysse réalisée à partir d’une photographie d’un modèle acquiert davantage d’authenticité grâce au néon qui éclaire la toile. Le visage paraît plus vrai et presque vivant.

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Aristote disait: « Il faut préférer ce qui est impossible mais vraisemblable à ce qui est possible mais incroyable ».  Il semblerait que l’art contemporain propose des objets parfois impossibles mais vraisemblables :

Fontcuberta dans Fauna  construit des chimères impossibles qu’il tente de faire passer pour vraies:

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Joseph Beuys vit une vraie expérience avec le coyote :

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MArina Abramovic, dans The artist is présent, ne recherche-t-elle pas une expérience du vrai dans sa performance ?

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« The Artist Is Present. Le dispositif est simple : chaque jour, à l’ouverture du musée le matin, Marina Abramovic s’assoit, vêtue d’une longue robe unie, et les visiteurs viennent, un par un, s’installer en face d’elle. Ils se fixent pendant quelque temps, sans échanger aucune parole, jusqu’à ce que le visiteur se lève et laisse la place à un autre. Certains restent deux minutes, d’autres quelques heures. Beaucoup explosent en sanglots. » Libération. La performance serait-elle le moyen privilégié de l’art pour accéder au vrai ?

Relation aux programmes:

Cycle 2 :

  • Articuler dessin d’observation et d’invention
  • Raconter des histoires vraies ou inventées par le dessin, la reprise ou l’agencement d’images connues, l’isolement des fragments, l’association d’images de différentes origines.
  • Découvrir des œuvres d’art comme traces ou témoignages de faits réels restitués de manière plus ou moins fidèle (carnets de voyage du passé et du présent, statuaire…) ou vecteurs d’histoires, héritées ou inventées.

Cycle 3 :

  • La réalité concrète d’une production ou d’une œuvre.

Cycle 4 : 

  • L’autonomie de l’oeuvre d’art
  • La présentation de l’oeuvre.

D’autres Pensées du bistrot ici:

https://perezartsplastiques.com/les-pensees-du-bistrot/

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