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L’art est-il heureux ?

Le bonheur est une quête majeure dans l’art. Le devoir de l’homme pour Montaigne est de rechercher le plaisir. Constatant  la vacuité de la vie il écrit:« Il me la faut rendre plus profonde et plus pleine. » Pour Pascal, l’homme n’a de perspectives que dans le salut. Voltaire quant à lui croit au bonheur grâce au développement des sciences et à l’essor économique. Mais nous, où en sommes-nous avec cette fameuse « crise » qu’on nous justifie depuis des décennies et qui finit peut-être par nous confisquer toute joie de vivre ? Dans ce contexte difficile comment l’art peut-il être heureux ? La joie serait-elle le moyen de résister en ces temps incertains ? D’ailleurs, la joie est-elle toujours heureuse ?

L’art est heureux :

Paul Gauguin dans Joyeuseté en 1893 représente des jeunes femmes tahitiennes avec des couleurs vives inspirant la joie de vivre.

Matisse représente une ronde heureuse dans La danse, 1909

Maurice Denis peint Le soir de septembre avec une lumière particulière inspirant le bonheur et la douceur de vivre. 1911

Pablo PICASSO Deux femmes courant sur la plage (La course) 1922, la peinture est puissante. Les deux femmes ne forment qu’un seul corps rayonnant avec les bras et les jambes pointant différemment les bords du support presque en leur milieu. Le rose de la chair contraste avec le bleu intense du ciel.

Robert Delaunay peint Rythme et joie de vivre en 1930. La géométrie est heureuse dans ce tableau.

Huile sur toile, 1930. Musée National d’Art Moderne, Paris. Donation Sonia Delaunay et Charles Delaunay 1964.

Fernand Léger représente Les loisirs sur fond rouge en 1940. La famille est composée selon un cercle matérialisé avec les bras des personnages. Les roues des bicyclettes accentue la composition circulaire de la toile.

David Allen installe un coeur de pierre dans la nature. C’est une invitation à respecter la planète.

Niki de Saint Phalle propose des corps de femmes joyeux, plein de couleur et de mouvement.

Vim Delvoye accumule les vignettes des vaches qui rient.

Takashi MURAKAMI Kumo-Kun (Mr Cloud) 2002 s’empare de formes liées aux émoticônes et smileys si populaires.

Mais on remarquera que dans cette peinture, des crânes se glissent entre les fleurs. Murakami fait du bonheur une vanité humaine. Le bonheur serait-il impossible dans l’art ?

Le bonheur comme dénonciation d’une réalité bien plus triste : le réalisme cynique chinois

Yue Minjun, reprend la structure du tableau de Delacroix dans son témoignage caustique.

Le réalisme cynique se détourne de l’art avant-gardiste pour se dédier à l’expression du vécu au sein de la société. La souffrance des artistes et leur critique de la société se traduit à travers le dessin de figures joyeuses. « Pour moi, il est primordial de peindre une forme avec laquelle je sois parfaitement à l’aise, quelque chose qui m’apaise. […] Les gens peuvent dire : “la peinture de ce type est mal fichue” mais pour moi c’est une façon d’être qui est juste. Je ne cherche pas l’élégance. Ce que je peins est très vulgaire. Je me considère comme un artiste vulgaire. Cette vulgarité est plutôt bien accueillie par le grand public car lui non plus n’aime pas les choses élégantes. Je ne fais que m’adapter à ce goût populaire. » précise l’artiste.

Wang Guangyi parodie les affiches de propagande pour dénoncer le faux bonheur que nous donne la société de consommation.

L’extase de la souffrance comme bonheur suprême:

Ernest PIgnon Ernest réalise Extases, une installation gigantesque de dessins de corps féminins en pleine métamorphose.

L’extase (du grec ἐκ, « en dehors », et ἵστημι , « se tenir » : « être en dehors de soi-même ») désigne un état où l’individu se ressent comme « transporté hors de lui-même » caractérisé par un ravissement, une vision, une jouissance ou une joie extrême.

« Hildegarde, Hadewijch, Thérèse, Inès, Angèle, Gertrude, Mechtilde ou Catherine, sont sept femmes mystiques, dont les écrits ont fasciné Ernest-Pignon-Ernest, depuis 2004 ; il dessine les « extases », grandeur nature, sur des façons de papier à demi roulé, corps noueux, presque nus, tendus et abandonnés, en lévitation, qui se reflètent comme dans un lac, fiction du miroir qui fait écho au réalisme classique du trait, si caractéristique du style d’Ernest-Pignon-Ernest. » (1)  « Je crois à la jouissance de la femme en tant qu’elle est en plus […]. Cette jouissance qu’on éprouve et dont on se sait rien, n’est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l’ex-sistence ? Et pourquoi ne pas interpréter une face de l’Autre, la face de Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? »Ernest Pignon Ernest.

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Le bonheur a donc plusieurs facettes allant jusqu’à l’expression de la souffrance sublimée en état extatique. L’art a cette capacité de faire voir la complexité du bonheur dans ses manifestations les plus extrêmes.

Relation aux programmes:

Cycle 2 :

L’expression des émotions:

Cycle 3 :

Cycle 4 :

La relation du corps à la production artistique : les élèves pourront montrer des émotions dans une production plastique qui implique le corps.

 

 

(1) http://www.causefreudienne.net/ernest-pignon-ernest-les-extases/

D’autres pensées du bistrot ici:

https://perezartsplastiques.com/les-pensees-du-bistrot/

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