Le beau est-il l’ennemi de l’art ?

Le Beau dans l’art est provoqué par une sensation de plaisir lorsqu’on est confronté à une forme, des couleurs, des sons, des mouvements etc.

« Comme la beauté l’amour est présence. » François CHENG

Le Beau varie selon les époques et n’a pas les mêmes caractéristiques chez les artistes.

Pour Platon, c’est par l’Amour qu’on accède aux sphères du Beau. Kalos en grec veut dire harmonieux.

Dans le Banquet; il est écrit: qu’une action, en fonction de la manière dont elle se déroule peut devenir belle ou honteuse. « Prise en elle-même, une action n’est ni belle ni honteuse. Par exemple, ce que, pour l’heure, nous sommes en train de faire, boire, chanter, converser, rien de tout cela n’est en soi une belle action ; mais c’est dans la façon d’accomplir cette action que réside telle ou telle qualification. Lorsqu’elle est accomplie avec beauté (kalos) et rectitude (orthos), cette action devient belle (kalon), et lorsque la même action est accomplie sans rectitude, elle devient honteuse (aiskhron). »

L’idée de Beau est indissociable du Bien et du Vrai. Ajoutons également du Juste.

Dans les compositions artistiques, les détails participent au tout dont ils font partie selon des règles mathématiques et géométriques.

Pour Hume, le Beau est une affaire de jugement personnel mais régulé par des valeurs communes: « La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente »

Pour Kant, le Beau est ce qui plaît sans concept de manière universelle et de manière désintéressée.

À partir du XVIIème siècle (époque classique) établissant la tradition dans la culture française, les beaux-arts contiennent les quatre disciplines artistiques enseignées dans l’École des beaux-arts en France, à savoir l‘architecture, la peinture, la sculpture et la gravure.

Vers la fin du XIXème siècle, l’art est traversé par une crise durable visant à défaire celui-ci de son corollaire le Beau. Les artistes explorent d’autres voies que celle de la belle représentation. La crise des formes artistiques.

De nombreux critiques constatent parfois avec de forts arguments la fin de l’art : « L’art a atteint aujourd’hui une phase inédite d’épuisement, un épuisement caractéristique de ce moment que nous vivons et que d’aucuns nomme « postmodernité ». Eric COULON, philosophe. Puis il précise: « Ce que l’on nomme « art contemporain » serait à la fois le déclencheur, le fruit et le symptôme de cette crise générale de l’art. Crise du Beau mais aussi et surtout crise du Sens et de l’œuvre ; retour démesuré de la subjectivité et de ce que l’on appelle naïvement « liberté » ; course frénétique à l’innovation artistique ; règne de l’éphémère, du contingent mais aussi de la provocation ; valorisation et mobilisation éventées, insipide, inconsistante et souvent insignifiante du « concept » ; voilà quelques unes des déclinaisons de cette crise de l’art. »

L’homme n’est jamais prophète en son pays. L’art contemporain vu par les artistes des autres continents peut nous révéler la beauté que nous n’avons peut-être pas vue au moment où elle se déployait devant nous.

Chiho Aoshima, artiste japonaise ne nous donne-t-elle pas une nouvelle lecture des peintures de Jérôme Bosch ?

Zhang Qikai, artiste chinois réinvente un espace avec des changements d’échelle. Le panda peut nous apparaître enfantin et dénué de sens plastique. Mais cet animal est sacré en Chine et était offert aux autres pays lors des échanges diplomatiques.

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« La diplomatie du panda est une pratique utilisée par la Chine consistant à offrir des pandas géants en cadeaux afin d’entamer des relations diplomatiques avec un nouveau pays ou afin d’améliorer celles déjà existantes. Cette pratique, déjà utilisée sous la dynastie Tang (618 – 907), a connu son apogée sous la Chine maoïste. C’est à la suite de la formation de la République populaire de Chine en 1949 que l’expression « diplomatie du panda » a commencé à être utilisée1.

En Chine, le Panda est considéré comme un « trésor national » et lorsqu’il est offert, un tel cadeau ne peut se refuser. Cependant, sous la pression des environnementalistes, cette politique a officiellement cessé en 1984″wikipedia.

Ces peintures sont de vraies offrandes. L’art avec Zhang Qikai acquiert une portée diplomatique sous les doigts de l’artiste.

Zhou Yingchao ( artiste chinois, se réapproprie l’art du portrait en métissant culture chinoise et occidentale: les drapés sont plutôt de confection occidentale et les motifs de nature asiatique). Le rapport de la perception du vide et du plein atteint sa perfection.

Bien évidemment, l’artiste Yue Minjun propose une peinture caustique et monumentale.

Chang Lei, qui parle de propagande, se représente en eunuque parce qu’il dit que les hommes chinois n’ont pas les « balls for criticize », confie-t-elle, en anglais. Dans cette peinture, le mythe de Noé est revisité par l’artiste de manière magistrale.

Pareillement, il revisite les codes picturaux occidentaux et chinois dans l’art du portrait ainsi réactualisé.

MIAO Xiaochun dans ses oeuvres raffinées digitales relit les oeuvres du passé en offrant de nouvelles interprétations.

Une réadaptation du Jugement Dernier  de Michel-Ange.

« La vraie beauté est élan même vers la beauté, fontaine à la fois visible etinvisible, qui jaillit à chaque instant depuis la profondeur des êtres enprésence. » François CHENG

Mais partons en Afrique pour voir comment les artistes revisitent le genre du portrait.

Omar Victor Diop retravaille ses photos pour tendre vers l’abstraction.

« The Pied Piper » de Lebohang Kganye “Le projet “Ke Lefa Laka : Her-Story & Heir-Story” est une série de photomontages, de collages grandeur nature, mettant en scène les épisodes de vie du grand-père de Kganye au temps de l’Apartheid. Utilisant une tenue à priori masculine, Kganye interroge sa propre identité en rejouant l’histoire d’un homme qu’elle n’a jamais connu, au fil de décors lui ayant été décrits par sa grand-mère. » (1)

Elle explore l’histoire fictive en utilisant des archives pour fusionner des personnages illusoires avec de «  véritables  » personnages placés dans un nouvel univers. La question de la réalité et de la fiction sont au coeur de son dispositif, celle de la représentation et de la présentation. (Cycle 2, témoignage par les images, cycle 3 et 4)

Poku Cheremeh, le Ghanéen qui détourne des peintures flamandes pour en faire des œuvres 100% africaines (cycle 4)

Romuald Hazoumé renoue avec la sculpture de masques africains en détournant des objets de récupération. Ces masques sont saisissants de présence, presque magnétiques et tellement expressifs. Hazoumé a l’art de lire dans les objets tel un magicien des formes. (cycle 3)

Eddy Kamuanga Ilunga interroge la planéité et la profondeur dans ses portraits. Le regard ne peut saisir la totalité des informations hésitant entre les symboles et les figures, entre l’ombre et les tatouages. (cycles 3 et 4)

‘Reconnaissance’, 2016, acrylic and oil on canvas, 170 x 150 cm. Image courtesy the artist and October Gallery.

Eddy Kamuanga Ilunga, ‘Duty of Memory’, 2016, acrylic and oil on canvas, 200 x 200 cm. Image courtesy the artist and October Gallery.

« Les toiles luxuriantes de l’artiste congolais Eddy Kamuanga Ilunga dépeignent la réalité d’un groupe ethnique de République démocratique du Congo précipité dans la course folle engagée par le pays pour tirer profit de sa position de principal exportateur mondial de Coltan, un produit utilisé dans les circuits imprimés servant à la fabrication des téléphones mobiles, des ordinateurs et d’autres appareils électroniques. »(1)

Le Beau est protéiforme. Mais quand il est de surcroît mélangé à un propos de dimension sociale ou/et historique, il acquiert une profondeur sublime. Ces peintures ci-dessus sont à couper le souffle. Les couleurs, les compositions, les formes sont somptueuses. L’oeil n’est pas seulement flatté : il apprend à reconnaître que peut-être le renouveau de l’art, des Beaux Arts est en train de se confirmer dans les continents voisins.

En Inde, Rina Banerjee revisite l’assemblage avec ces compositions minutieuses et poétiques.

Jitish Kallat rend compte des mutations de la société indienne, mélangeant la BD à la peinture. (cycle 2, 3, 4)

Pushpa Kumari avec ces dessins somptueux interroge l’occupation de l’espace. (cycle 1)

Jangarh Singh Shyam dans ces réalisations surprenantes fait vivre la décoration magnifiquement. (cycle 1)

Le beau, dans l’art, a un bel avenir devant lui. Nous avons peut-être eu le tort de vouloir le dompter trop vite, de l’avoir terrassé trop tôt. Mais c’est avec force et conviction qu’il est à l’oeuvre ici avec des propositions parfois engagées et poignantes comme le sont les oeuvres de ces artistes africains, chinois, indiens. Non, le Beau n’est pas l’ennemi de l’art. Cette dimension presque morale dans le champ du visible est encore en acte dans l’art d’aujourd’hui. Les concepts, dans l’art, sont aussi résilients qu’en philosophie.

« Puisque la beauté est rencontre, toujours inattendue, toujours inespérée, seul le regard attentif peut lui conférer étonnement, émerveillement, émotion, jamais identiques. » François CHENG.

Relations au programmes:

Cycle 1:

La décoration

Cycle 2:

Le témoignage par les images. La narration visuelle.

Cycle 3:

L’écart dans la représentation

Cycle 4:

Le corps et l’espace dans les productions plastiques. La ressemblance, l’écart. La narration visuelle.

(1) http://www.scoop.it/t/art-africain-contemporain/?tag=Londres

Le Non-Beau peut-il être artistique ? Marcel Duchamp.

https://perezartsplastiques.com/2017/03/18/le-non-beau-peut-il-etre-artistique/

D’autres pensées du bistrot ici:

https://perezartsplastiques.com/les-pensees-du-bistrot/

5 commentaires

  1. CultURIEUSE

    Le beau est intimement lié au goût personnel, il ne devrait donc pas être le seul critère de jugement. La contestation du beau par Duchamp prend tout son sens iconoclaste dans le virage qu’il a fait amorcer à l’art avec ses readymades. Pourtant l’esthétique de l’oeuvre nous attire inexorablement. Oui, la beauté dans l’art a encore de beaux lendemains, mais grâce à Marcel, on peut maintenant aussi la trouver autrement que par notre premier réflexe de choix esthétique rétinien. Merci pour ce choix d’artistes formidables!

      1. CultURIEUSE

        Un régal! Si vous lisez celle de Marcadé, j’ai ouvert une page pinterest, avec les photographies relatives aux pages du livre, qui s’intitule : Marcel Victor Rrose

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