Le non-Beau peut-il être artistique ?

Le non-Beau, peut-il être artistique ?

Roue de bicyclette, 1913

Le Beau a tyrannisé les artistes jusqu’à Marcel Duchamp qui, dans ses productions et déclarations, a mis un terme à cette obligation esthétique.

“Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût.” écrit-il.

Marcel Duchamp davantage que questionner le laid, interroge le « non Beau » dans ses oeuvres. Il ouvre le champ vers de nouvelles esthétiques du non Beau, de cette absence de Beau qui n’est pas forcément laid.

Par l’étrange, l’inconvenant, l’imprévu, il propose des oeuvres qui « interrogent » pourtant paradoxalement le regard.

Torture-morte, 1959

« Le goût est une source de plaisir, l’art n’est pas une source de plaisir, c’est une source qui n’a pas de couleur, pas de goût » Marcel Duchamp montre bien ici l’aspect an/esthétique de l’art.

Il est trop hâtif de dire qu’il fait l’apologie du laid. Sa démarche est bien plus ardue : créer des oeuvres qui n’ont pas de goût, des oeuvres sans dimensions esthétiques est beaucoup plus délicat à faire.

Avec Duchamp, c’est une nouvelle direction qu’emprunte l’art. Celle de produire des oeuvres où le plaisir ne viendra pas de l’oeil mais parfois du concept ou de la mise en scène, d’un effet de surprise, d’un dispositif élaboré.

« L’art est une chose beaucoup plus profonde que le goût d’une époque. » Il crée des oeuvres intemporelles non formatées par les tendances de son époque.

« Un tableau, même abstrait, est de l’art dès qu’on accepte de le regarder. Un ready-made est de l’art.  » Quand Marcel Duchamp expose ses ready-mades, ce n’est pas pour ses valeurs esthétiques mais juste par un choix artistique. La neutralité dans le visible des ready-mades est fondamentale. Le choix devient un acte créateur uniquement motivé par la volonté de l’artiste.

« J’espère qu’un jour, on arrivera à vivre sans être obligé de travailler « . Marcel Duchamp prend position sur la question du travail dans les sociétés industrielles. Il propose une éthique de l’art pour contrer l’esthétique du Beau. « Comme le dit Pierre Restany, ce geste fait basculer d’un seul coup l’art de l’esthétique dans l’éthique.  » Voilà que se dévoile l’autre face de l’art. L’art est un problème moral lié à la conscience de celui qui l’assume en tant que tel  » . Duchamp fait passer l’art de l’esthétique des objets, à un art d’attitude, faisant de l’emploi de son temps, sa plus grande oeuvre d’art. » (1)

Marcel Duchamp se rebelle contre la tyrannie du visible. Pour lui, l’art n’est pas seulement rétinien. Il y a par exemple une dimension tactile et olfactive dans ses oeuvres où tous les sens sont présents.

Eau de voilette, 1921

Il n’est donc pas exact de dire que Marcel Duchamp invite à l’esthétique du Laid qui aurait été lui aussi rétinien !

D’autres pensées du bistrot ici:

https://perezartsplastiques.com/les-pensees-du-bistrot/

 

(1)http://www.artwiki.fr/cours/technoromantisme/duchamp.html

 

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