L’art contemporain et les temps des colonies

L’art contemporain et les temps des colonies.

Nombreux sont les artistes qui se penchent sur la tragique période des colonies avec un regard critique et politique. La colonisation est bien présente dans la mémoire des descendants des colonisés. Elle touche de plein fouet leur identité.

Un article de Julie Crenn a retenu mon attention. Voici un résumé illustré avec de larges extraits de son article passionnant..

Yinka Shonibare est un artiste contemporain britannico-nigérian né le 9 août 1962 à Londres. Yinka Shonibare détourne les peintures de Fragonard en les reproduisant en trois dimensions. Les personnages sont habillés de tissus africains le fameux « wax ». On ne s’en rend pas compte immédiatement mais il y a bien un glissement culturel.

« Le titre de l’installation, « jardin d’amour », est une grinçante métaphore de l’espace colonial, sorte d’immense jardin impérial, que l’artiste se réapproprie précisément dans un musée consacré à des objets collectés pour une part importante au cours de l’épisode colonial. » Selon l’artiste la colonisation aurait engendré la haine en créant des inégalités et serait à l’origine du terrorisme actuel. « Loin de contribuer au progrès, la colonisation aurait généré un ordre mondial reposant sur d’arbitraires hiérarchies rendant d’emblée impossible pour une grande partie de l’humanité l’accès aux richesses. Elle aurait contribué à mettre en œuvre une fabrique d’exclus parmi lesquels certains s’engageront dans l’engrenage de violence dont les événements du 11 septembre sont devenus les symboles. » (1)

Pour atteindre les oeœuvres, le spectateur doit suivre un parcours conçu par l’artiste. Un labyrinthe végétal menant successivement à trois installations. Yinka Shonibare détourne trois peintures de Jean-Honoré Fragonard : L’Amant CouronnéLa Poursuite et les Lettres d’Amour, réalisées entre 1770 et 1771, avant la révolution Française. « Il s’est attaché à une reproduction scrupuleuse des personnages, de leurs gestes, leurs mouvements et leurs costumes, sauf que ses personnages n’ont plus de têtes et leurs costumes / accessoires sont taillés dans des tissus wax. Les installations montrent des personnages insouciants, des scènes bucoliques et fastueuses dans lesquelles l’artiste choisit d’introduire des éléments contemporains et perturbateurs. L’histoire des wax est particulière, ils furent créés et produits en Hollande par les colons hollandais pour leurs colonies indonésiennes.  » (2) L’artiste souligne : « Du point de vue de l’Africain moderne qui est le mien, ces membres de l’aristocratie sont mes objets de curiosité, d’une manière inversée. Ainsi à mes yeux, en tant qu’Africain, la culture de l’Europe du XVIIIème siècle est mon fétiche, tandis que leur fétiche est le masque africain ! ». (1)

Calixte Dakpogan est un artiste et sculpteur béninois né en 1958. Il réalise des masques traditionnels avec des objets du quotidien.

Il détourne également les savates deux doigts pour en faire des portraits insolites.

Hassan Musa est né au Soudan en 1951. Suzanne et les avocats des peuples africains mélange différentes catégories d’images. La culture est cosmopolite et multiculturelle chez l’artiste.

Sa peinture Worship Objects relate l’histoire tragique d’une esclave célèbre. La peinture mêle une représentation de Joséphine Baker et de Saartjie Baartman, dont les vies et destins sont à la fois troublants et fascinants.

« De son véritable nom Sawtche, Saartjie Baartman (ce qui signifie en hollandais « Sarah barbu »), appartenait à la communauté khoisan / hottentote et était l’esclave d’un riche fermier afrikaner. « (1) Elle fut achetée et emmenée par un chirurgien de la Royal Navy britannique en 1810 pour être « exposée » à Londres puis à Paris où les exhibitions humaines étaient en vogue. (1)

Kara Walker est une plasticienne afro-américaine, née à Stockton en Californie le 26 novembre 1969. Kara Walker rouvre des cicatrices et agite les mémoires. Son travail sur l’esclavage témoigne de l’histoire et de l’identité afro-américaine.

Fabrice Hergott précise que la découpe de silhouettes sur papier / carton était une pratique courante au sein de l’aristocratie française. Elle était répandue dans les salons et cercles mondains « où l’on s’amusait à se portraiturer en dessinant sur une feuille de papier l’ombre de la tête projetée par la lumière d’une bougie ».

Maria Magdalena Campos-Pons travaille essentiellement sur l’histoire du peuple afro-cubain et afro-américain, la créolisation, l’esclavagisme et le multiculturalisme dans les sociétés, par le biais de son expérience personnelle. 

Replenishing un double portrait de femmes, une mère et sa fille, reliées par des colliers de perles. Entre les deux femmes se trouve la septième photographie montrant les deux colliers noués entre eux, symbolisant l’attachement familial et culturel. Le collier rappelle les chaînes que portaient les esclaves africains, ici, la lourde chaîne devient un fragile collier.

Lorna Simpson travaille sur les coiffures africaines. Elle hisse la chevelure des noirs au rang d’oeuvre d’art ainsi que la coutume de se coiffer. Dix mots, gravés sur les plaques accompagnent les photographies : « Audacieuse, Sensible, Sévère, Long et Soyeux, Enfantine, Sans Âge, Magnétique, Fraîcheur Rurale, Douce ».

Mary Sibande est née en 1982 à Barberton au Mpumalanga, elle vit et travaille à Johannesburg.

À travers son œuvre, elle explore la construction de l’identité dans le contexte post-apartheid de la société sud-africaine et les représentations stéréotypées de la femme.

Mary Sibande. Silent Symphony, 2010.

Ces artistes interrogent l’identité et l’altérité plongées dans une histoire commune complexe et tragique. Toutefois, les oeuvres montrent à la fois un réel détachement par rapport au passé ainsi qu’une mise à distance créée grâce à la poésie présente en elles.

Mais il existe des oeuvres qui montrent de manière tragique cette période de l’histoire.

Une oeuvre émouvante de Aimé MPANÉ, L’ombre de l’ombre, Congo,  structure vide d’un homme en allumettes penché sur la tombe de son pays. L’angle du plafond modifie la perception de l’ombre penchée et se recueillant sur la tombe du Congo. Contraste entre le corps charpenté de cet homme et le vide qu’il porte en lui. Il ne contient rien, que de l’air, n’est pas chargé. Ce qui est chargé, gisant, c’est son Histoire, symbolisée par les tombes de bois, même son ombre est plus massive que lui.

Pour finir cet article, un examen des définitions de « colonie » de wikipedia est nécessaire :

« Une colonie est un établissement humain entretenu par une puissance étatique appelée métropole dans une région plus ou moins lointaine à laquelle elle est initialement étrangère et où elle s’implante durablement. Résultat d’un processus politique, économique, culturel et social appelé colonisation, et qui consiste en l’exploitation des ressources de la zone en même temps que sa mise en valeur, la colonie est généralement intégrée dans un Empire colonial marqué par le colonialisme, une idéologie dont le précepte est la conquête, l’accaparement de nouvelles régions et la sauvegarde de celles sur lesquelles s’exerce déjà une mainmise. » (3) On peut se demander, dans cette définition de « colonie » de Wikipédia, en quoi consiste la mise en valeur de ces territoires annexés ?

En revanche un autre article de Wikipédia expose les motivations de la colonisation:

S’emparer des richesses d’un pays, et assurer l’approvisionnement en matières premières

Garantir des débouchés à l’industrie nationale en cas de surproduction

Forcer l’ouverture commerciale

Conquérir un espace de peuplement

Contrôler les routes commerciales

Contrôler la traite négrière

Empêcher l’expansion de puissances concurrentes

Acquérir ou améliorer une position stratégique

Assurer la sécurité de la navigation maritime en supprimant un foyer de piraterie

Augmenter la puissance et le prestige de la nation

Accomplir une « mission civilisatrice », issue de l’humanisme des lumières ou dans un esprit positiviste

Établir la domination d’une race jugée supérieure sur d’autres jugées inférieures

Répandre une religion

Interdire l’esclavage (ex. : Zanzibar).

On voit bien que ces motivations politiques, stratégiques ou économiques sont de l’ordre de la domination d’un peuple asservi à un autre pays.

(1) https://ceroart.revues.org/386

(2) http://africultures.com/art-contemporain-et-memoire-coloniale-8152/

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonie

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