La formation à distance, billet d’humeur

Définir la formation à distance n’est pas chose facile : est-ce le support qui détermine la distance ou alors le fait que l’enseignant et l’apprenant n’agissent pas dans le même temps ? N’y aurait-il pas une autre façon de la définir ? Est-ce la séparation dans le temps de l’activité d’enseignement et du processus d’apprentissage ou les technologies utilisées qui définissent la formation à distance ? Mais « même à distance, l’individu se trouve en présence d’une situation complète d’apprentissage-enseignement. (…) Actuellement, nous définissons la formation à distance comme une pratique éducative privilégiant une démarche d’apprentissage qui rapproche le savoir de l’apprenant. »[1]. C’est bien dans cette volonté de me rapprocher au plus près de l’apprenant que j’ai conçu mon blog en 2011 avec le souci croissant de réduire les frontières entre savoir-enseignant-apprenant. « Si, au début du siècle, le développement du service postal comme le timbre poste, la production et l’utilisation du papier ont été à l’origine des cours par correspondance en Angleterre, aujourd’hui, grâce aux technologies de l’information et de la communication, sommairement appelés réseau, Internet et Web, les campus virtuels semblent s’imposer comme étant le dispositif technologique, pédagogique et communicationnel le plus utilisé. »[2]

La formation à distance existe depuis longtemps sous diverses formes qui, aujourd’hui, peuvent prendre une dimension dynamique. Internet à présent permet d’autres moyens de présentations de formations que celles traditionnelles autorisées par l’édition. Blogueuse depuis 2011 sur la plate-forme wordpress avec plus de 6 000 000 de visites et ayant eu une expérience de rédaction d’un manuel d’arts plastiques en direction des enseignants, je me suis posée la question suivante : comment faire pour qu’une formation à distance ne soit pas modélisante et laisse une grande marge de création, d’interprétation, d’appropriation de la part des collègues sans s’imposer comme un exemple à suivre ? En effet, même si le contenu peut devenir dynamique avec les moyens que permet internet, celui-ci n’est-il pas tout de même figé dans l’espace et dans le temps ? Comment une formation à distance peut-elle remplacer les interactions entre les différents acteurs d’une formation en présentiel ? Comment anticiper les échanges possibles entre formateur et stagiaires ?

La distance, en effet, sépare l’émetteur du récepteur et le premier ignore par cette frontière impossible à franchir les réactions de ce dernier. Le message déposé doit être suffisamment clair pour permettre une bonne interprétation du texte. Mais comment éviter les représentations erronées ? La formation a distance n’est-elle pas forcément, de par sa structure même, basée selon un modèle transmissif qui conduirait à la passivité du récepteur ?

A la lumière de la théorie des apprentissages, nous verrons comment il est possible de permettre de véritables formations actives à distance, où l’absence du formateur peut devenir un atout dans l’auto-prise en charge du sujet formé. L’absence physique du formateur peut en effet amener celui-ci à se poser la question de la lisibilité de sa formation, de sa visibilité, de son efficacité de manière aussi pointue qu’en présentiel.

Poster un article ou éditer un manuel comportent par leur essence propre une dimension liée au pouvoir et à l’autorité. En effet, toute forme d’échanges ou de négociations ne pouvant se faire de manière directe, le formateur est posé d’emblée comme celui qui détiendrait la science à dispenser aux stagiaires ou lecteurs. Comme le dit Alain Touraine dans sa sociologie de l’action : « toute relation sociale est donc inégalitaire et comporte une dimension de pouvoir ». Comment une formation ou plus précisément une relation à distance peut-elle détourner ce principe de « pouvoir » pour devenir une véritable expérience à la fois sensible et professionnelle menée ensemble ?

Pour répondre à ces questions, il m’est apparu indispensable de relater mon expérience de blogueuse reconnue sur internet ainsi que celle dans l’édition. Mon expérience est en effet depuis 2011 un vaste chantier de recherches et de réflexions sur la relation qu’on peut tisser avec les élèves mais aussi les enseignants désireux de se lancer dans cette pratique d’enseignement. « La philosophie et le but avoué de la formation à distance est d’offrir aux adultes une formation socialement pertinente et de créer de nouvelles situations d’apprentissage afin de surmonter la distance géographique, de réduire les barrières sociales et physiques qui empêchent les clientèles non traditionnelles d’accéder à l’éducation. » LA Revue internationale de l’apprentissage en ligne et de la formation à distance.[3]

La formation à distance : une plus-value pour nos enseignements ?

  1. Les blogs et plates-formes collaboratives

1.La création d’un blog, une aventure dans les choix éditoriaux

 Lorsque j’ai créé mon blog d’arts plastiques en direction de mes élèves, je n’avais pas pour ambition de monter un blog pédagogique ni didactique. Le cahier de texte numérique du collège pronote ne me convenait pas car sa présentation était ingrate et peu ergonomique. La plate-forme wordpress était beaucoup plus attrayante et correspondait à ce que je voulais poster dans mes articles : situations de cours avec la publication de mes consignes et diverses photographies de travaux d’élèves. Durant un certain temps, je me suis contentée de publier ces éléments et c’est grâce à la réaction des élèves et des parents que j’ai choisi de varier mes supports. La vidéo a été un moyen de rendre ces articles beaucoup plus dynamiques. J’ai pris des capsules vidéo de mise en commun avec les élèves pour rendre ce cahier de texte plus vivant. Puis rapidement, les réactions de mes collègues m’ont poussée à aller plus loin dans la rédaction de mes articles en prenant davantage en considération leur demande : répondre à des besoins pédagogiques. Pour cela, il me fallait mettre en place une politique éditoriale bien déterminée afin de répondre à ces attentes.

C’est ainsi que j’ai publié un article au moment des événement de Charlie Hebdo : bloguer c’est éditer. C’est pendant cette actualité que j’ai compris la portée de mes articles auprès de mes collègues. Plus qu’une simple information dispensée sur la toile, c’est une véritable formation à distance à laquelle je me livre depuis 6 ans.

2.Bloguer c’est éditer

Animatrice d’un blog qui a maintenant une bonne place sur la toile, je suis porteuse d’une expérience et d’une réflexion que je souhaite aborder avec les collègues.

Les évènements récents qui se sont déroulés en janvier 2015 en Métropole m’ont démontré qu’être animatrice d’un blog est indissociable d’une politique et d’une éthique éditoriale.

Oui, nous blogueurs et blogueuses sommes éditeurs de textes et d’images dont nous avons la responsabilité. Nous ne pouvons pas tout publier. Non par manque de courage mais parce que nous avons des obligations et des devoirs en tant qu’enseignants, envers notre public, les élèves d’abord et le reste des internautes.

Les premières questions à se poser sont les suivantes :

-à qui je m’adresse ? A des élèves, à des parents, à des artistes, à des enseignants ?

-pour qui je travaille ?

-qui sont mes lecteurs ?

-le sujet que je traite est-il de mes compétences ou sort-il de mon contexte d’enseignant ?

-ai-je le recul suffisant pour traiter d’un sujet d’actualité ?

-mes sources sont-elles fiables ?

-ai-je le droit de publier des images ? Lesquelles ?

-suis-je vraiment dans le cadre de ce que je publie relatif à ma fonction d’enseignant en arts plastiques ?

-ai-je le droit de publier ce texte, ces images ?

-quel est mon objectif ?

-ai-je copié un article sans cité mes sources ?

J’ai eu de nombreuses sueurs froides dans l’exercice de l’édition de mes articles. L’image était-elle assez floutée ? Cette reproduction est-elle libre de droit ? Suis-je bien dans le cadre strict de mon enseignement ? Ne vais-je pas au delà de mes compétences ? Une formation à distance passe forcément par ce type d’interrogations : son objectif, son contenu, son public, son dispositif. Durant ces évènements tragiques de 2015, je me suis retrouvée face à des questions d’internautes qui étaient en demande de formation en rapport avec cette actualité. J’ai essayé de répondre à ces besoins émanant des collègues.

J’avais dans un premier temps publié deux caricatures de Charlie Hebdo dont la dernière de Charb. Après réflexion, je l’ai retirée en me disant :

-était-elle nécessaire pour faire passer mon message ?

-le texte ne suffit-il pas pour exprimer cette image ?

-les élèves curieux ne peuvent-ils pas aller la chercher sur la toile, ce qui leur enseignerait la recherche sur internet ?

Je ne pense pas avoir manqué de courage. Je suis allée, selon mon avis à l’essentiel : l’affirmation de la laïcité à l’école et me reposer sur l’histoire de la caricature.

Tel était mon but premier. La problématique de ma formation était la suivante : comment répondre à la barbarie de ces attentats quand on est enseignant ? Quelles armes pacifistes donner à mes collègues eux aussi bouleversés par cette actualité ?

J’ai posté donc un article sur l’histoire de la censure avec quatre pistes de séquences autour de la liberté d’expression. « Non ! Si ! Non ! Si ! J’ai le droit de m’exprimer ! » : telle était la séquence proposée avec comme moyen d’expression la bande-dessinée. Par la suite, j’ai reçu des messages des internautes qui avaient repris la séquence dans leurs classes me remerciant de leur avoir donné des pistes de travail. En effet, tétanisés par la cruauté de ces évènements, ils ne savaient pas comment aborder l’actualité dans leurs cours.

3. Analyse de cette situation de publication

Il est évident que la formation à distance, à cause de ses supports pérennes et publics dans le cadre d’une publication sur internet, engage fortement la responsabilité du formateur. Le moindre faux-pas sera instantanément remarqué par les internautes. J’en veux pour exemple une photographie d’un bâtiment architectural que j’avais publiée sans demander l’avis à l’auteur et qui a tout de suite été identifiée par lui. J’ai reçu un mail assassin de sa part me demandant d’ôter cette image de mon blog. Ou alors une erreur faite sur l’attribution d’un tableau.

Lors d’évènements graves comme ceux de Charlie Hebdo, il est plus délicat d’exprimer son point de vue sur la toile alors qu’un enseignant pourra mener un débat avec les élèves ou stagiaires dans sa classe. En revanche, les paroles partent, les écrits restent, la publication à distance permet de conserver une trace pérenne de sa prise de position.

Un commentaire de M. Chazy, lors de ces évènements est intéressant :

J.C. on 18 janvier 2015 at 9 h 42 min

« Votre position citoyenne est très responsable,
Votre blog est très documenté et de très bon niveau.

La difficulté de la confrontation au sectarisme est réelle. La prudence est nécessaire.

Vous pouvez vous rapprocher des sociétés de droits d’auteur comme la SAIF et la DAGP qui peuvent donner des réponses à vos interrogations.

Un grand merci pour votre travail.

J.C
Artiste et enseignant »

Pour ma part, en tant que référence sur la toile, il n’était pas question pour moi de ne pas traiter ces évènements de l’actualité. Cela a été comme un devoir que celui de proposer des pistes pédagogiques pour deux raisons : tout d’abord par rapport à ma position citoyenne mais aussi parce que je recevais des mails de désarroi de mes collègues. Un formateur a des responsabilités qu’il doit assumer. C’est à ce moment là que j’ai vraiment pris conscience de la portée de cette formation que j’ai dispensée presque à mon insu sur internet.

  1. La vie d’un blog à la lumière des commentaires des internautes :

On aurait tort de penser que le seul modèle de théorie de l’apprentissage dans le cas d’un blog est simplement transmissif. Ce n’est pas compter sur la créativité des internautes ni leur esprit critique.

Ainsi l’enquête que j’ai menée pour cette étude au sujet de la formation à distance nous éclaire un peu. Une trentaine de personnes a répondu à mes questions.

A la question posée :

Je prends ces séquences comme des modèles ou je les retravaille avec ma sensibilité ?

Internaute 1 :« Je m’en suis beaucoup inspirée à mon entrée dans le métier en septembre mais je les ai adaptées à mes élèves, références, échecs/leurres/expériences etc »

Internaute 2 :« comme des pistes de travail, un regard différent, une ouverture à la recherche… »

Internaute 3 : « Je travaille toujours selon ma propre sensibilité, je pars aussi de mon expérience de créatrice, de mes références, mais j’aime les compléter et les renouveler en visitant entre autre, votre site. Parfois, un terme, une œuvre, un principe, vus sur votre blog vont être déclencheurs d’idées. D’autres fois, c’est la mise en œuvre d’un sujet qui m’inspire mais pas pour le même thème… Après avoir réalisé une séquence, il m’arrive de revenir sur votre blog pour m’aider à corriger ce qui n’a pas fonctionné comme je le souhaitais. »

On comprend bien à la lumière de ces réponses qui représentent bien celles des internautes que les articles n’ont pas un pouvoir transmissif sur les autres mais qu’ils vont au delà.

-La formation a distance est-elle efficace ?

Internaute 4 : « les mini vidéos de vie de la classe sont importantes… ( être au cœur du cours, gérer les réactions des élèves, le rythme des questions…la distance et le vocabulaire …) cela éclaire et donne le ton de l’oralisation… (qui je trouve est un moment parfois critique à gérer selon les classes…( avec trente, cela devient difficile, il vaut mieux couper en deux mais… cela augure d’autres distractions…) »

On voit bien dans ce témoignage que les petites capsules vidéo ont eu un impact. Dans des formations en présentiel dirigée vers les enseignants il n’est pas rare de projeter des moments de cours.

Les articles m’ont-ils aidé/e à concevoir des séquences ?

Internaute 4 : « Non, pas forcément car je trouve difficile de reprendre un sujet crée par quelqu’un d’autre…

Je garde les « titres » des sujets qui parfois me suffisent à construire mon sujet, le « ton » des sollicitations…  (Ex… ça déborde de ma feuille…), le vocabulaire… »

-Je prends ces séquences comme des modèles ou je les retravaille avec ma sensibilité ? : Internaute 4 : « Oh oui, je les retravaille à ma façon, mais l’idée, l’étincelle pour démarrer pour orienter vers tel ou telle direction c’est bien vous qui me la fournissez…, comme je le disais plus haut, trop compliqué de reprendre le document tel quel…

Mais c’est souvent en lisant vos sujets, que d’autres, avec ce que je suis, ce que je fais dans ma pédagogie, avec mon histoire de prof…viennent se construire très facilement… Parfois, je ne vais conserver que la sollicitation, ou bien les références par rapport à la notion…ou bien le dispositif… »

On voit bien avec les différentes réponses de cet « internaute 4 » qui plus haut avait spécifié qu’il/elle ne prenait pas les articles comme des modèles, qu’il/elle a établi une relation ambiguë avec le contenu des séquences. Mais on peut remarquer aussi qu’il/elle a su garder une distance avec ce qu’il/elle est venu/e chercher comme éléments d’information. Le blog est un point d’accroche qui permet à l’internaute de construire de manière personnelle ses séquences. Nous voyons bien dans ces réponses que la copie dénuée de sens n’est pas une pratique courante chez les collègues.

Mais en plus des réponses données à mes questions, il est intéressant de lire ce qu’il/elle a envoyé comme compléments d’informations :

« Bonjour Madame,

Je suis actuellement en pleine remise à jour personnelle de mes sujets d’arts plastiques qui vont se voir modifiés avec la nouvelle réforme…

Je reprends vraiment la chose depuis le départ, et me recompose des progressions …

Dur de tout revoir d’un coup, de prendre autant de recul pour envisager ces 4 années pour un élève de collège.

Et je suis beaucoup sur votre site en ce moment… je me sers de vos dossiers notions et thèmes… (en enrichissant ma banque de données) et je vais picorer certaines de vos sollicitations…

J’ai été formatrice quelques années et suis actuellement tutrice pour ces jeunes collègues qui débutent avec leur 8 heures au collège… Cette fonction me plait beaucoup, davantage que la formation adulte (et groupe de secteur) parce que trop éloignée du terrain…

Même si cela prend beaucoup de temps (en plus du temps plein sur deux collèges et des segpa…), la mission qui est d’aider au mieux un jeune prof pour débuter dans ce métier m’est chère… Peut être que je donne à autrui ce que j’aurai aimé recevoir cette année là pour moi…

En tout cas, mettre à l’aise quelqu’un qui débute en collège, donner des ficelles pour s’organiser au niveau du matériel, de la gestion de classe, de la posture, de la voix, des « tous ces petits riens » qui au final, permettent à un prof de communiquer plus facilement avec ces ados… me semblent essentiels…

Avec mes jeunes stagiaires, je n’hésite pas à les diriger vers votre site, à leur montrer aussi comment on fait ailleurs, et que l’on peut aussi faire autrement…

Et puis votre site est la preuve que ça marche… !

Tout est à construire dans notre matière, pas de bouquins, pas de sujets avec réponse type… c’est cette grande liberté qui parfois peut étourdir…mais c’est aussi ce qui fait la richesse de notre enseignement…

Je terminerai pour vous dire que vous faîtes un travail riche conséquent et très sérieux pour notre matière, que je viens consulter celui-ci pour me rassurer, me conforter, vérifier, m’ouvrir , m’inspirer… c’est pour cela que je ne sais trop comment répondre à la question « qu’attendez-vous… »

Je tiens un blog « mailart » depuis 10 ans et c’est cela ma bulle à moi… parce que notre travail nous prend beaucoup, en permanence, nous sommes en veille, à l’affut d’idées, de pistes, de nouveaux sujets, d’élèves à étonner, à mettre au travail … et nous avons aussi besoin de se ressourcer… Moi, je le fais à travers ce blog qui me tiens au fait des technologies… (je l’ai fait aussi pour cela, m’auto-former au numérique, gérer mes images, publier, rechercher…)

A ce propos, vous m’avez fait découvrir l’application ARART qui donne de la vie aux tableaux… excellent !!!!    Et je compte m’en servir en classe…

Alors un grand merci encore pour tout ce que vous avez fait…

J’espère que nous n’allez pas vous arrêter là… Votre site est BEAU … et BON… »

Il est intéressant de remarquer chez cette internaute que la formation dispensée dans ce blog a eu des répercussions dans ses propres formations. J’ai appris par ce mail que ce blog n’était pas seulement une formation en direction des enseignants mais aussi une référence pour mes collègues formateurs.

  1. La communauté des blogueurs : un échange permanent

Quand on est blogueur, on se tient à l’affût de ce qui se passe sur la toile de manière quotidienne. Par ce travail de curation, le contenu des publications se peaufine grâce à l’apport des autres. Madame Sylvia Ladic, qui tient un blog de grande envergure également, est en contact avec moi depuis longtemps. Nous échangeons nos points de vue sur nos pratiques. Cette collaboration se répercute dans nos travaux. C’est ainsi qu’une de mes séquences portant sur les différentes formes de représentations d’une paire de lunettes est devenue chez elle tout autre chose : « des lunettes pour être vu ! ». Son regard m’a enrichi et c’est avec un intérêt particulier que j’ai lu sa publication enrichissant la mienne.

Cette formation dispensée sur la toile par quelques enseignants est primordiale car nous n’avons aucun support pour nous guider. Bien des contractuels viennent puiser des ressources dans nos blogs. Qu’est-il préférable ? Qu’ils donnent des cours occupationnels ou alors qu’ils reprennent des séquences menées avec des situations d’apprentissages exploratoires et de réinvestissement ? Moi même, au début de ma carrière, j’aurais bien voulu voir ce qu’il se passe chez les autres collègues afin de me donner une direction. Mais d’ailleurs, les nouveaux-titulaires ne sont ils pas encadrés par des tuteurs dont ils assistent à leur cours ? Il y a une part de transmissif dans la formation à distance, c’est un fait, mais n’existe-t-elle pas dans les formations en présentiel ?

  1. Des gestes de métiers dispensés sur la toile

Dans une article publié sur mon blog, « Séquence d’arts plastiques, genèse d’un cours », je montre les gestes de métier que j’opère lorsque je monte une séquence d’arts plastiques. Cet article est le plus consulté sur mon blog.

Environ 57 000 visites de puis sa rédaction montrent combien les enseignants sont à l’affût de telles formations. Je montre toutes les coulisses d’une séquence du début jusqu’à la fin. J’explique comment mener une recherche sur internet avec de bons réflexes à avoir. Cet article est relativement unique sur la toile car peu d’enseignants expliquent leurs procédés facilement. Pour rédiger cet article, j’ai enregistré scrupuleusement tous les gestes que j’ai opérés du travail d’investigation à mon auto-correction. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit cet article en deux couleurs : le noir pour mon premier jet et en bleu pour montrer les réajustements que j’ai mis en place pour que cette séquence soit efficace.

« Merci pour la clarté de vos publications. C’est un plaisir d’échanger » m’écrit un internaute. Il est intéressant de remarquer que la lecture de cet article a été vécu comme un véritable échange constructif et pas simplement comme un temps de lecture. « Bonjour, je suis également professeur d’Arts Plastiques et je débute dans le métier cet article très détaillé est vraiment très bien fait ! ». Cet article est une véritable formation à distance en direction des nouveaux enseignants apportant une méthode complète pour construire des séquences appropriées. De nombreuses vidéos de verbalisation illustrent mon propos. « Votre site est remarquable, particulièrement la démarche d’expérimentation et de verbalisation en vidéo qui est d’une grande aide. » a posté un internaute dans un commentaire.

  1. Le présentiel est transmissif lui aussi !

Lors d’un TD avec les étudiants de M2, il m’a été posé la question suivante : « Quelles sont les différences entre arts visuels et arts plastiques ? ». Ce type de question réclame une réponse claire et riche de sens. Après avoir demandé à l’ensemble des étudiants ce qu’ils en pensaient, je me suis rendue compte que leurs représentations étaient erronées. Ils se contentaient de donner une liste de domaines appartenant à l’un ou à l’autre. Il a bien fallu que je leur apporte des éléments de la connaissance pour pouvoir distinguer les deux. A la suite de ce constat, j’ai rédigé un article pour donner l’information au plus grand nombre. La formation qu’elle soit en présentiel ou à distance revêt un caractère transmissif à certains moments.

  1. La classe inversée : une formation à distance institutionnalisée

Le principe de la classe inversée est une sorte de formation à distance. C’est ce que j’ai expérimenté avec les étudiants de M1, M2 et DU lors des TD. J’ai publié le dispositif de ce TD à l’avance pour que le jour de mon cours, la lecture du document soit déjà faite par ceux-ci. Cela nous a permis de gagner du temps avec l’économie de la découverte des pièces postées sur le blog. (Voir annexe 1). J’ai décidé de laisser ces documents sur mon site car ils pourront être analysés par les internautes. Ce type de contenu est très formateur car aucune réponse n’est donnée. L’internaute aura la liberté de se positionner, de trouver la juste distance entre l’auteur et lui-même. Ce type de documents n’est pas transmissif. Ce qui serait intéressant c’est de collectionner les réponses des uns et des autres pour les mettre en commun. C’est ce que j’ai fait avec l’examen des consignes proposées par les étudiants.

  1. Une approche socio-constructiviste originale

Lors d’un TD avec les Professeurs stagiaires de DU, j’ai eu l’idée d’utiliser les commentaires de ma page Facebook pour animer mon cours. Dans ce TD, la recherche de consignes a été le questionnement principal. Les étudiants avaient pour tâche de travailler dans le silence et de me poser les questions via les commentaires. Volontairement, j’ai quitté la salle pour aller dans mon bureau, obligeant ainsi les PES à me répondre via Facebook. Perte de temps peut-on penser ? Je ne crois pas. Ces commentaires ont demandé aux étudiants de faire un effort au niveau de la rédaction de leurs consignes et ces travaux de plus allaient permettre aux internautes de suivre le déroulement de mon cours. J’ai pris cette initiative ce jour là car il y avait beaucoup d’absents à cause des éboulements sur la route du littoral. Le commentaire peut être un excellent moyen de conserver une trace de ce qui est fait en cours. De plus, les étudiants ont été invités à réagir sur les commentaires de leurs collègues. La possibilité de facebook de réagir sur un commentaire et de voir ceux des autres est très efficace. Tout le monde est averti quand il y a une publication. De plus, cette situation de cours permet d’utiliser de manière pédagogique et citoyenne cette possibilité de poster des commentaires sur cette page.

Les étudiants avaient la possibilité de me poser des questions auxquelles je répondais sur le champ. Cette contrainte liée à la publication m’a demandé d’être très explicite dans mes réponses. De plus, cela m’a permis de peser mes réponses afin de les rendre concises et de vérifier que je ne fermais pas le propos mais au contraire proposais des véritables pistes de réflexion. A la question posée : Que peut apporter un échange sur facebook par rapport à une discussion à l’oral ?

« Le silence ! »

« travailler avec les outils numériques »

« on peut interagir avec les autres groupes, l’interaction est possible en différé, c’est un travail sans se déplacer »

« une alternative à la route du littoral fermée »

« faut-il avoir facebook : c’est la limite »

« avoir l’accès internet ! »

« mener un travail en classe comme ça peut libérer les élèves en demandant par exemple de ne pas faire attention à l’orthographe, c’est l’univers des enfants »

« apporte une dimension ludique »

« on a un jeu en ligne et je fais partie de leur clan. Un jour, un membre a insulté un autre pour rigoler. On a quitté le clan. On a expliqué à l’auteur que ce n’était pas une attitude responsable et tout le monde a respecté le lieu d’échanges »

« ça permet de confronter les générations : on n’est pas que des vieux ! »

« L’intérêt de discuter sur facebook est pour nous de rester en contact après cette année de formation. Nous sommes isolés dans nos écoles et ce serait un moyen de rester en contact et d’échanger nos pratiques ! »

« On pourrait aussi créer un padlet avec nos séquences ! »

Comme on peut le constater dans ces commentaires, il y a des interactions entre les apprenants qui ont lu les commentaires des collègues, pas seulement ceux du formateur. La réflexion s’est construite dans le groupe et par le groupe et donné l’envie de mutualiser les expériences.

Une fois arrivée chez moi, le cours a continué car j’ai pu remarquer des zones d’ombres dans les consignes qu’ils m’avaient soumises. Ce point est une plus-value par rapport à un cours en présentiel où ces zones d’ombres ne sont pas forcément pointées ! Mais il ne faut pas que cela devienne chronophage pour autant ! Des étudiants ont posté des commentaires bien après le cours.

Le même travail a été réalisé avec les étudiants de M2 auxquels j’ai posé la question suivante – Quelle est la plus-value pour vous en travaillant de cette manière via les commentaires ? Qu’est-ce que cela apporterait aux élèves ? »

« On a mis en commun et laissé une trace du cours »

« On sait à quel moment revenir. »

« On n’est pas coupé dans notre réflexion »

« On a une preuve de tout ce qui a été dit. »

« En présentiel on aurait été interrompu dans notre travail. L’intérêt de passer par la toile est le suivant : on peut lire toutes les réponses au moment de l’élaboration de notre travail. C’est plus précis et on peut revenir dessus par la suite : ce qui n’est pas possible en présentiel. Et en présentiel, la prise de note est subjective, on ne retient pas tout alors qu’avec le numérique on conserve la trace de tout ce qui a été échangé entre le formateur et les étudiants ! » « Les théories interactionnelles considèrent que le but de l’éducation n’est pas l’assimilation des connaissances en soi mais plutôt le fait d’apprendre à les utiliser.(…) L’apprentissage repose sur un processus par lequel l’apprenante ou apprenant recueille l’information et se l’approprie pour lui donner un sens. (…) La tendance académique est le symbole de la tradition et de l’ordre établi alors que la tendance interactionnelle, et plus spécifiquement les théories psychocognitives, sont porteuses de changement.» [4]

  1. Les principes à respecter pour des publications de formation de qualité :

Il est important de construire une sorte de gabarit du contenu dispensé. Par exemple, dans de nombreux sites ou blogs pédagogiques, il manque des informations importantes comme les objectifs de la séquence, son déroulé, ses différentes phases. Je suis la seule à avoir posté des vidéos de mes cours avec les paroles de mes élèves commentant leurs travaux par exemple. Si on fait une analyse critique de ce qui est publié par mes collègues, on remarque une certaine ambiguïté : pourquoi hésitent-ils à poster des moments forts de leurs cours alors qu’ils en livrent le contenu ? Pour ma part, j’ai souhaité ouvrir le plus possible la porte de ma salle de classe en acceptant par exemple de poster un temps fort à l’oral à propos d’une production de faible niveau. Une internaute a d’ailleurs posté un commentaire à son sujet « Vous faites des mises en commun de qualité même sur des productions indigentes ! ». Pourquoi ne montrer que les productions les plus riches ? Pourquoi la toile ne représenterait-elle pas tous les élèves, tout le monde ? Je pense que c’est à cause d’un complexe par rapport aux inspecteurs que la totalité des blogueurs d’arts plastiques ne postent que des « bonnes » productions pour montrer la qualité de leur enseignement. J’ai eu une toute autre politique : que l’ensemble de mes élèves se reconnaissent dans chaque article faisant fi de la qualité des productions. Nous nous adressons à l’ensemble des élèves. Et il m’a semblé important justement de montrer qu’avec des productions ordinaires une mise en commun de qualité pouvait émerger. Une formation à distance ainsi, par ce principe même démocratique laissant la parole et l’accès à tous, permet aux enseignants de se retrouver dans ces publications. En effet, nous avons tous des élèves rencontrant des difficultés et il s’agit de montrer comment faire émerger du sens à partir de leurs productions.

  1. Analyse des statistiques :

On voit bien avec ces statistiques qu’il faut de l’endurance pour acquérir de la visibilité sur la toile. Mais l’endurance ne suffit pas pour créer de l’audience. La qualité de l’information publiée permet aux internautes de venir et revenir sur le blog. Le référencement également. L’année 2016 avec 1 300 000 visites représente 20% du nombre total des visites depuis la création du blog. Le travail mené sur les mots clé a permis à ce blog d’être le mieux référencé. Ainsi il se retrouve avec un excellent positionnement en première place pour un nombre important de notions d’arts plastiques mais aussi artistiques. Mais c’est avec du recul que je prends en considération ce positionnement remarquable sur la toile : quelle place pour les autres blogueurs ? N’est-ce pas une façon de mettre une sorte de monopole dans l’enseignement des arts plastiques ? La toile n’est pas démocratique : en effet, lorsqu’on a acquis un bon positionnement sur la toile, celui-ci bénéficie à l’ensemble des articles. J’ai bien conscience de cette OPA faite sur l’enseignement des arts plastiques !

Sur 22 personnes qui ont répondu à la question :

Les articles vous-ont-ils aidé à construire des séquences ? Seule une personne a répondu non. Ce qui nous fait 95% d’internautes satisfaits contre 5% d’insatisfaits.

A la question : La formation à distance est-elle satisfaisante ?

8 sans réponse, Parmi ces réponses, en regardant la suite du questionnaire on remarque que ces mêmes internautes sceptiques, quant à la portée de la formation répondent certes que rien ne vaut le contact humain mais que les articles les ont aidés à faire des séquences !

14 oui. Un enseignant exerçant en Chine précise que le site lui a permis de rester en contact avec l’enseignement de notre discipline, un autre précise qu’il en discute avec ses amis.

  1. Une formation à distance méconnue des internautes

Surfer sur internet, quand on est enseignant pour chercher des éléments pédagogiques, est souvent considéré comme l’équivalent d’une lecture d’un ouvrage et pas comme une formation reçue de la part du collègue. Cet état de fait est plutôt rassurant dans un certain sens. Ainsi 8 personnes sur 22 n’avaient pas d’avis sur cette formation. Un blog, selon eux n’est pas formateur car, d’une part car il n’est pas estampillé par l’Education Nationale et d’autre part parce qu’il y a une ambiguïté de la part du blogueur qui ne se pose pas en tant que formateur. Je ne me suis pas posée comme telle durant 4 ans mais c’est après avoir pris du recul sur mes productions et l’analyse de ces questionnaires que j’ai postés quand j’ai été mutée à l’ESPE pour savoir si je continuais ce chemin, que je me suis rendue compte que ce travail fait sur la toile était un véritable acte de formation pour mes collègues. 14 internautes ont compris cette dimension formative de ce blog. Ma politique éditoriale a changé et c’est avec beaucoup plus de précision que j’ai travaillé mes articles. La liberté pédagogique est primordiale pour moi et c’est ce que j’ai envie de transmettre à mes internautes. Mais, depuis que je suis enseignante à l’ESPE, le ton de mon blog a changé : en effet j’ai posté des vidéos informatives sur des questions pédagogiques comme « la place de la référence artistique », « la différence entre séquence et séance » et bien d’autres. Une étudiante d’ailleurs à ce propos m’a dit « votre vidéo très claire m’a permis de comprendre cette différence entre séance et séquence. ». Pourtant en cours j’avais dit la même chose ! La possibilité de publier des vidéos qui reprennent les éléments du cours permettent aux élèves qui n’ont pas compris en présentiel de quoi il était question de revenir tranquillement chez eux sur ce point développé en cours. Dans le calme et non dans la vie trépidante qui règne en cours ; l’étudiant grâce à cette formation à distance peut revenir sur de nombreux points : ce qui m’évite de faire et refaire le même cours.

La formation à distance permet également aux étudiants salariés de suivre le cours. Ainsi j’ai eu la joie d’attribuer un 15/20 à un étudiant salarié qui avait lu mes articles dont il avait su tirer la substantifique moëlle. Notre présence n’est pas, pour certains, indispensable. Bachelard est bien autodidacte !

  1. Conclusion : 

L’animation d’un blog pédagogique nécessite de la part de celui qui le tient une grande honnêteté morale et pédagogique. Il ne s’agit pas de se montrer comme étant un cador des arts plastiques mais en tant que vrai pédagogue. Il est important de varier ses documents et de les adapter à son public. Les élèves doivent pouvoir retrouver la trame de leurs cours avec suffisamment de précisions pour les collègues en demande de formation. A la fois transmissif mais aussi suivant le modèle constructiviste voire socio-constructiviste, un blog dispense une réelle formation vivante et dynamique. Comme le dit Piaget, l’intelligence n’est pas innée mais se construit. Le blog complète les formations en présentiel dispensées dans notre carrière. Je ne crois pas que l’impact des blogs soit aussi fort que cela : 10% des étudiants en M1 et M2 à l’ESPE ont copié sans réfléchir des situations de cours piochées sur internet ce qui me laisse penser que la plus grande majorité élabore elle-même ses cours. On ne pourra pas changer la nature des enseignants : il y aura toujours une minorité qui prendra pour argent comptant ce qu’elle a trouvé sur internet ou ailleurs. En revanche, nos disciplines ont tout à gagner en partageant ce type de ressources car c’est un bon moyen de se tenir à l’affût des nouvelles méthodes d’enseignement. En effet, on n’est pas blogueur dans son coin isolé. On publie toujours au sein d’une communauté qui réfléchit à l’enseignement.

[1] http://cqfd.teluq.uquebec.ca/distances/D1_1_c.pdf

[2] https://www.epi.asso.fr/revue/articles/a0609b.htm

[3] http://ijede.ca/index.php/jde/article/view/215/639

[4] http://ijede.ca/index.php/jde/article/view/215/639

 

2 commentaires

  1. CultURIEUSE

    Cela n’a rien à voir avec une véritable formation, mais les moocs sur l’art que j’ai pratiqués proposaient une foire aux question et des entretiens avec des artistes ou des historiens de l’art. De plus, des exercices créatifs permettaient une participation personnelle.

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