L’erreur en arts plastiques

Image ci-dessus: "Les Riches Fruits de l'Erreur" de Jean Dubuffet, 1963 

L'erreur ou je préférerai dire l'"errance" en arts plastiques est souvent mal vécue par les élèves. Parfois ils vont même jusqu'à détruire leur production. Cette erreur bien souvent est liée au fait que l'élève ne parvient pas à mettre en forme son idée. Les situations d'apprentissage en arts plastiques fonctionnant sous forme de problème ouvert doit permettre aux enseignants d'accompagner les élèves à tirer parti de leurs doutes. Maiscomment faire pour faire changer d'avis de ces élèves sur leurs errances ?

Inviter à l'exploration :

L'enseignant propose des problèmes aux élèves qui devront mettre en oeuvre leurs connaissances et compétences pour y répondre. Bien souvent ce sont les compétences graphiques qui ne sont pas au goût de l'élève. En effet, jusqu'au cycle 4, les élèves sont pétris par un souci de réalisme. Par exemple la demande suivante : "représenter de plusieurs façons une feuille" est une question ouverte posée aux élèves. Tout le matériel est mis à disposition des élèves : peinture, pastels, papier kraft, pâte à modeler, matériaux de récupération.

Questionnement de la situation en cycle 3 :

La question de la représentation d'un objet ou d'une personne est vaste. Tous les éléments plastiques participent à cette représentation.

"Les effets du geste et de l'instrument et leur impact dans la représentation plastique. La manifestation du support dans la représentation. Le statut de l'écart également intervient dans ce dispositif". Les élèves devront comprendre les incidences de leurs choix dans les productions.

Dès le début de la pratique, l’enseignant s’assure de l’engagement des élèves dans la recherche plastique : il n'y a pas de perte de temps dans les explications diverses mais bien l'accompagnement des élèves à entrer le plus rapidement dans le travail.

La mise en commun permet aux élèves de comprendre l'expressivité de l'écart.

Mais lors de cette situation (ce sont les étudiants de l'ESPE), un étudiant qui ne savait pas dessiner était complètement bloqué. J'ai discuté avec lui sur d'autres sujets (ses centres d'intérêt) et cela a débloqué la situation. Cela lui a permis de rendre une feuille très conceptuelle et très riche.

Puis, continuant à relater son expérience, cet étudiant passionné de botanique a réalisé avec les noms des botanistes de La Réunion le contour de la feuille.

On voit bien dans ce cas précis que partir sur le vécu de l'élève peut dénouer bien des situations. Par la suite, on peut lui demander de réaliser sa fameuse feuille en matériaux résistants.

Démarches d'élèves Remédiation
L’élève ne prend pas en
compte la proposition de
travail donnée à la classe.
Il s’agit de prêter attention à l’ensemble du dispositif
(consignes, matériel, outils, etc.)
L’élève attend que les autres élèves agissent ; il
demande à l’enseignant la validation de chaque action.
Il attend la bonne réponse, n’ayant pas compris l’attente
qui invite à rechercher pour apprendre.
L’enseignant rassure, encourage. Il invite l’élève à reformuler
la proposition de travail. De manière générale, il
veille à varier les dispositifs pour habituer les élèves à
s’emparer de la diversité des propositions.
L’élève commence à prévoir
son projet sur un carnet de
recherche, se projetant dans
la réalisation. La situation se
rencontre davantage en fin de
cycle 3.
L’enseignant peut encourager cette démarche en
soulignant la nécessité d’expérimenter les outils en
conservant la trace. Il s’agit d’éviter une projection trop
éloignée de la mise en œuvre. L’enseignant encourage
ainsi l’élève à réajuster son projet en fonction des difficultés
rencontrées ou effets observés.
L’élève s’engage dans une
production apparemment
non conforme à la demande
initiale
L’enseignant accompagne l’élève dans l’observation des
effets produits par son action, fait expliciter les choix
engagés et permet ainsi une ouverture à la diversité des
démarches.

"Ainsi, pour encourager l’exploration dans ce premier temps de recherche, l’enseignant :

• définit un cadre : matériaux et outils aptes à créer l’appétence, temps de recherche défini ;

• varie les approches en début de séquence afin que l’élève s’ouvre à la diversité ;

• engage rapidement les élèves dans l’effectuation, la réalisation ;

• rassure, encourage à essayer, de manière individuelle ;

• accueille avec bienveillance les essais, encourage à poursuivre la recherche ;

• met en œuvre les conditions d’écoute permettant de partager ces recherches" Eduscol (1)
Eduscol statut erreur

Les élèves deviennent plus confiants et finissent par accepter leur errance et de la mettre à profit.

Les essais comme fondements des apprentissages :

Il ne s'agit pas de conduire les élèves à produire des travaux aboutis mais de les amener à explorer le champ des possibles. Voici quelques conseils pouvant être donnés aux élèves.

"Cet accompagnement se fait en restant attentif au projet de l’élève. L’échange oral est nécessaire pour prendre en compte les choix que fait l’élève et ne pas imposer une vision qui serait celle de l’enseignant. Ce dernier veille à être « également attentif aux inventions des élèves qui peuvent être inattendues, au sens où elles ne relèvent pas d’un conditionnement pédagogique, mais d’intentions rendues possibles par la pédagogie. » Eduscol

La sérendipité : tirer parti de l'imprévu

Il est important de faire prendre conscience aux élèves de l'expressivité de l'inattendu comme cela a été le cas pour le support ajouré. "Il arrive toutefois que l’élève pense avoir commis une erreur : soit parce qu’il commet une maladresse ou fait une tâche qui perturbe son projet, soit encore parce que l’effet observé ne correspond pas à l’effet projeté ou imaginé."Eduscol. L'errance ainsi est source de création pour les élèves. Le dispositif d'enseignement avec les problèmes ouverts permettent de modifier la perception que les ont de leurs propres productions.

"Ainsi, l’élève apprend progressivement que l’erreur est propice à construire ses apprentissages. Plus encore, en arts plastiques, il découvre qu’il peut tirer parti de ce qu’il pensait être une difficulté insurmontable pour faire évoluer son projet. Il apprend également que, dans une démarche exploratoire, il y a lieu de multiplier les essais, de les observer pour découvrir l’ensemble des possibles. Il gagne ainsi en autonomie et en réflexion. " Eduscol.

On peut également relater l'anecdote de Léonard de Vinci qui n'arrivait pas à représenter l'écume des naseaux d'un cheval et qui a jeté de colère une éponge. Puis, observant le résultat : il fut entièrement satisfait.

(1) http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Arts_plastiques_et_education_musicale/24/0/RA16_C2_C3_AP_erreur_en_AP_743240.pdf

Définitions

Erreur : 

  1. Acte de l'esprit qui tient pour vrai ce qui est faux et inversement.
    Erreur des sens.
     
    2.
    État d'une personne qui se trompe.
    Être, tomber dans l'erreur.
     
     
    « Sérendipité » ne figure même pas dans les dictionnaires français. Issu de serendipity, il signifie « don de faire des trouvailles ». Le terme, forgé par le collectionneur Horace Walpole en 1754, faisait partie du jargon des bibliomanes anglais.
    La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue à la suite d'un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d'une recherche concernant un autre sujet. La sérendipité est le fait de « trouver autre chose que ce que l'on cherchait »

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