Le blanc de Cattelan

Le blanc est une valeur pour les uns ou une couleur pour les autres voire du point de vue de l’optique la somme de toutes les couleurs. Le blanc fascine, on ne peut voir que lui aussi infime soit-il dans une oeuvre sombre. Il est comme un bruit venant rompre le silence. Le blanc ne passe jamais inaperçu. « Le blanc est riche, il peut être brillant ou mat, léger ou saturé, lumineux ou terne ; sa difficulté particulière a tenté de nombreux artistes. Le blanc est un révélateur de couleur, sans lui les autres n’existent pas. »écrit Solange Bergougnoux dans son article consacré au blanc.

Nous proposons ici la suite de son histoire avec le cheminement du blanc dans l’art de Maurizio Cattelan. De nombreux artistes s’aventurent dans la quête du blanc soit dans la planéité soit dans le volume et même des installations. Le blanc permet de dégager les formes pures et de se concentrer uniquement sur elles. Il n’y a que l’histoire des ombres propres et portées qui nous est relatée par les oeuvres faites de blanc.

All, de Maurizio Cattelan, en 2010, présente neuf corps taillés dans du marbre de Carrare recouverts chacun d’un drap blanc, face à un gisant du XVe siècle sculpté dans de la pierre .

L’oeuvre interroge sur le sens de la vie et de l’histoire des hommes. La nouveauté dans cette oeuvre tient dans son absence de couleur mais également dans l’horizontalité choisie par rapport au matériau utilisé. En effet, le marbre est fait pour exalter la hauteur, pour caracoler avec le ciel. Mais là, il dort comme si la sculpture n’avait plus rien à offrir que des plis et des drapés allongés sur le sol. Le sculpteur ne grimpe plus sur des échelles : il rampe au sol pour faire légèrement émerger des corps gisants. Désastre naturel ou folie humaine ? Que dénonce l’artiste ? Le marbre n’est plus au service de la représentation d’hommes illustres, de héros ou de saints mais d’inconnus recouverts d’un drap blanc comme dans une morgue. Maurizio Cattelan nous livre-t-il un souvenir de son passage en tant qu’employé dans une morgue ? Cette oeuvre, comme de nombreuses autres de l’artiste, a fait scandale lors de sa présentation.

Le blanc de All figure cette blancheur qui s’empare des corps des défunts. dans certains pays c’est la couleur du deuil. Cattelan comme cela est précisé dans le titre nous rappelle que nous retournerons à cette blancheur tôt ou tard. Il s’adresse à nous comme à l’humanité entière responsable de guerres et de mises à mort terribles. La blancheur dans cette oeuvre nous serre à la gorge : elle devient insupportable au regard car elle nous met face à face avec la mort. C’est peut-être dans cette blancheur là que Cattelan parvient à figurer cette transcendance du blanc dont Solange Bergougnoux écrit « On évoque le rouge Rothko, le bleu Klein mais le blanc infini, absolu n’a toujours pas trouvé son maître. »(1) Peut-être que ce blanc à la fois attirant et repoussant de Cattelan atteint le sublime cet infini absolu dans cette insoutenable installation. En effet, c’est un blanc qui fait froid dans le dos.

11 novembre 2018

 

(1) https://www.observatoire33.fr/une-s%C3%A9lection-d-articles/carte-blanche/le-blanc-dans-l-art/

 

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