Anna Coleman Ladd

Anna Coleman Ladd est une sculptrice américaine qui a permis aux gueules cassées de la première guerre mondiale de retrouver un visage. Les « Gueules cassées  » ont survécu à cette guerre mais ont été victimes de mutilations terribles au visage.

Otto Dix les a immortalisés dans sa célèbre peinture Les joueurs de skat.

Mariée à un médecin pour soigner les blessés en France, elle a conçu des prothèses faciales pour permettre à ces blessés de guerre de recouvrer leur dignité. Ces soldats, environ 15 000, pour beaucoup d’entre eux ont vécu dans la marginalité ayant une honte phénoménale les empêchant de rejoindre leur famille à cause du rejet de leur apparence. Anna Coleman ouvre un atelier en 1917 avec le soutien de la Croix Rouge. Les nouvelles armes de combat de cette funeste guerre comme le gaz, les obus, les lances-flammes avaient fait de nouveaux dégâts.

C’est le début d’une nouvelle chirurgie plastique que met au point cette grande dame. Elle a fait des moulages des visages de ces victimes et a sculpté les parties manquantes puis peint en respectant la couleur du teint de ces mutilés. Le résultat est saisissant pour l’époque. Elle travaillait à partir d’anciennes photos pour retrouver l’image des visages de ces gueules cassées.  » Elle faisait un moule en plâtre du visage de son sujet, remplissant les parties manquantes, puis galvanisait le résultat dans le cuivre. Après des raccords et des ajustements répétés, ce qui pouvait durer plusieurs semaines, Ladd positionnait le masque sur le visage de son sujet, puis appliquait un masque qu’elle peignait ensuite selon la couleur de la peau de l’homme »(1). « Ensuite, un masque de gutta-percha (type de latex) a été fabriqué pour la zone à restaurer. Certains masques couvraient tout le visage, mais la plupart étaient des masques partiels, couvrant un menton et une joue, ou un nez et un œil, tout ce qui avait été endommagé. » (2) Mais en 1920, faute de moyen après la réalisation de presque 200 masques, elle doit fermer son atelier. Elle a reçu la Légion d’honneur en 1932.

« La rangée supérieure des moulages montre la première étape du processus car ils ont été moulés à partir des visages défigurés des soldats. La rangée inférieure présente les moules avec un travail de restauration sculpté par Anna Coleman Ladd. »(2)

Deux soldats jouent aux cartes tout en portant l’ouvrage de Ladd.

Je me souviens, petite, de rencontre dans mon quartier d’une gueule cassée avec la moitié du visage mutilé qui marchait dans la rue avec un tissu sur le visage. Je ne l’ai vu qu’une seule fois à visage découvert : il n’avait plus de nez et un menton en creux. Il rasait les murs et ne regardait pas les passants, fixant le sol. J’écris ce texte en sa mémoire en imaginant avec effroi le calvaire que cet homme avait enduré après la guerre.

(1) Wikipedia

(2) https://rarehistoricalphotos.com/anna-coleman-ladd-masks-1918/

Un commentaire

  1. TOULA Marie-Anick

    Je suis touchée par cette découverte. Mme COLEMAN LADD mériterait d’être davantage connue. Et, qu’elle ait du fermer son atelier par « faute de moyens après la réalisation de 200 masques » ! C’est difficile à concevoir… Merci !

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