La docimologie

Science qui étudie les différents moyens de contrôle de connaissances.

La docimologiel’étude des épreuves, est la discipline scientifique consacrée à l’étude du déroulement des évaluations en pédagogie et notamment à la façon dont sont attribuées les notes par les correcteurs des examens scolaires. Le mot « docimologie » vient du grec composé de dokimé, épreuve, et logos, raison, discours, étude.

En 1922, Henri Piéron (photographie d’en-tête) introduit le terme de docimologie pour désigner la science et la pratique du contrôle des connaissances ; il le définira en 1951 par « l’étude systématique des examens (modes de notation, variabilité interindividuelle et intra-individuelle des examinateurs, facteurs subjectifs, etc.).

Nous ne sommes pas des correcteurs neutres. Nous avons nos humeurs et nos préjugés (ne pas mettre de 20/20 par exemple avec pour raison qu’une production ne peut pas être parfaite) qui peuvent être tenaces. Notre humeur et notre état d’esprit sont également des facteurs pouvant altérer la note.

Dans la situation où l’enseignant considère l’élève comme un bon élève, il sera plus indulgent envers une mauvaise copie de cet élève. Il considèrera plus facilement cette mauvaise copie comme un accident anecdotique et cherchera des bons éléments de réponse partout dans la copie et par conséquent mettra une note surestimée.

Dans le cas contraire, celui où l’enseignant considère l’élève comme un mauvais élève, il ne verra dans sa mauvaise copie  qu’une preuve parmi tant d’autres de son manque de travail, d’implication ou son manque d’intelligence…

L’évaluation subit un biais dû aux a priori de l’évaluateur.

De plus, les différences entre les correcteurs jouent aussi. Un correcteur ne note jamais comme son collègue. Souvent les personnes notent selon un éventail très différent. Un évaluateur peut noter entre 8 et 14 alors que son collègue entre 2 et 18. Chaque personnalité est différente, la souplesse des notes aussi. L’étude de 1975 de l’Institut de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques de Grenoble en témoigne : avec un échantillon de 6 copies, 64 correcteurs et un barème très précis sur 40 points, aucune copie corrigée n’eut la même note, avec des écarts de point parfois allant jusqu’à 20.

Source Wikipédia article docimologie.

On peut s’interroger sur cet écart à fortiori dans les disciplines artistiques. En effet, la note dans ces matières n’est pas purement rationnelle c’est la raison pour laquelle nous sommes passés à l’évaluation des compétences. Or dans les bulletins, la note continue à peser très lourdement dans les esprits des enseignants mais aussi des élèves et parents. On leur explique en conseil de classe qu’il faut examiner la note de l’élève en fonction de la moyenne de classe avec la note la plus faible et la note la plus haute. Par exemple un élève qui obtient la note de 13 pour une moyenne de classe de 10 peut être considéré comme étant un excellent élève.

La note n’est pas anodine : elle contribue à façonner l’endocept chez les élèves. Qu’est-ce que l’endocept ? C’est l’imbrication des émotions avec les connaissances et compétences travaillées en cours. Lorsque l’émotion est négative, l’élève a des difficultés à assimiler les notions. Le contexte de la classe peut y contribuer, la personnalité de l’enseignant, sa méthode de travail également. Et chaque fois que ces connaissances et compétences seront mobilisées, l’élève revivra ces émotions soit négatives ou positives. Oui, la note peut encourager ou a contrario dégoûter les élèves des disciplines artistiques. C’est la raison pour laquelle revient toujours dans les documents d’accompagnement des programmes cette bienveillance dont nous devons faire preuve vis à vis des élèves.

« Arts plastiques et visuels et éducation musicale construisent une écoute, un regard curieux et informé sur l’art, dans sa diversité. Ils prennent en compte le son et les images qui font partie de l’environnement quotidien des élèves. Ils contribuent ainsi à la construction de la personnalité et à la formation du citoyen, développant l’intelligence sensible et procurant des repères culturels nécessaires pour participer à la vie sociale. »Eduscol, programmes cycle 3. Nous voyons bien que la note touche l’élève de manière peu anodine dans les disciplines artistiques. La note renvoie à l’émotionnel et à l’estime de soi.

« L’enfant ne peut connaître un épanouissement équilibré que si son intelligence rationnelle et son intelligence sensible sont développées en harmonie et en complémentarité. Il faut que l’enseignement prenne en compte chaque enfant dans son intégralité. Une rationalité excessive a pour effet de cantonner l’éducation artistique à la marge du système. Or, l’éveil de la sensibilité est la condition de la maîtrise de la langue. Elle est un sésame pour les autres formes d’intelligence. L’éducation artistique et culturelle développe une pensée mobile et souple pour faire face de manière inventive à des situations inédites. L’art est une discipline d’appropriation des savoirs qui fait appel à l’affectif, à l’intelligence sensible, à l’émotion : l’apprentissage modifie l’écoute, le regard, le rapport à soi et aux autres, il donne confiance en soi. Pratiquer une activité artistique est un antidote à l’ennui et une source de motivation. L’éducation artistique apporte aux enfants une sensibilité capable de structurer leur corps, d’élever leur esprit, d’aiguiser leur sens critique, et de développer la compréhension de l’autre. Par le chant choral, le jeu théâtral, la danse, l’enfant cerne son identité, affirme sa personnalité, rencontre les autres sur des bases créatives et constructives.».(2)

 

F Bacher considère trois sources d’erreurs :

la première consistant à se fixer une moyenne et en gravitant autour.

la seconde est que l’évaluation porte sur un instant T.

la troisième est qu’une méthode d’évaluation peut être in obstacle à certains élèves.

Un correcteur peut corriger de différentes manières à différents moments.

La note serait donc un message avec toutes ses fluctualités.

Comparons cependant un tableau de deux enseignants : l’un de musique et l’autre d’arts plastiques.

L’examen de ce tableau peut conduire à deux interprétations contradictoires :

  1. L’enseignant d’arts plastiques est exigent et celui de musique est démagogique.
  2. L’enseignant d’arts plastiques dégoûte les élèves de la discipline tandis que l’enseignant de musique obtient d’excellents résultats car il est un excellent professeur.
  3. Les objectifs de ces différentes disciplines sont-ils comparables ?

On peut s’interroger sur la note d’arts plastiques inférieure de près de deux points à la moyenne de classe. Cette matière artistique donc serait évaluée de manière plus sévère que les autres disciplines ?

Les notes de musique suivent les fluctuations remarquables entre les différentes classes alors que le professeur d’arts plastiques, dans la classe qui pose problème, obtient une moyenne supérieure (la seule) à la moyenne de la classe.

L’étude de la docimologie nous apprend à prendre du recul par rapport à l’évaluation. Mais l’impact de la note chez les élèves est important. Il contribue à façonner l’endocept soit négatif ou positif en eux. Et les programmes insistent sur l’évaluation bienveillante que nous  devons mettre en place dans nos classes.

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Docimologie

(2) 2)-Plan pour les arts et la culture à l’école, CNDP, 2001, p. 7.

(3) https://fr.slideshare.net/mllepoulain/la-docimologie

 

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