L’utilité de l’inutile, Manifeste de Nuccio Ordine

Nuccio Ordine a écrit un manifeste sur l’utilité de l’inutile en 2014 qui est toujours d’actualité. Il pose les définitions des deux termes qui s’opposent. Son manifeste est plus précisément une sorte de compilation de tous les penseurs qui se sont penchés sur l’utile et l’inutile de l’Antiquité grecque à nos jours. Dans un deuxième temps, il se penche sur le monde de l’éducation. Dans le troisième temps, il revient sur les classiques : « pour illustrer mon propos par quelques brillants exemples, j’ai relu certains auteurs classiques qui, au cours des siècles, ont su montrer la valeur illusoire de la possession et ses effets destructeurs sur la dignitas hominis, sur l’amour et sur la vérité. »

« La paradoxale « utilité » dont je voudrais parler ici n’a rien à voir avec celle au nom de laquelle les savoirs humanistes et, de manière plus générale, les savoirs qui ne produisent aucun profit en viennent à être considérés comme inutiles.  »

La plus-value des savoirs dits « inutiles » est énorme. L’auteur cite une anecdote prononcée par « David Foster Wallace le 21 mai 2005 devant les lauréats de Kenyon College, aux États-Unis. L’écrivain américain — tragiquement disparu en 2008 à 46 ans — s’adresse à ses étudiants en leur racontant une petite histoire où sont remarquablement illustrés le rôle et la fonction de la littérature :

C’est l’histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d’un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit : « Salut, les garçons. L’eau est bonne ? » Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l’un regarde l’autre et fait : « Tu sais ce que c’est, toi, l’eau ?  »

Cette anecdote montre combien les choses les plus simples peuvent passer inaperçues. Pas seulement. L’eau permet la vie de ces poissons. Elle peut être cristalline ou polluée. L’eau est la métaphore de la condition des activités désintéressées dans notre société. Elle permet l’épanouissement personnel non assujetti à quelconque valeur marchande.

« Nous n’avons pas conscience, en effet, que la littérature et les savoirs humanistes, la culture et l’instruction constituent le liquide amniotique idéal dans lequel seulement les idées de démocratie, de liberté, de justice, de laïcité, d’égalité, de droit à la critique, de tolérance, de solidarité et de bien commun peuvent se développer avec vigueur. »

Les savoirs sans profit sont-ils inutiles ?

« Ce n’est donc pas un hasard si, au cours des dernières décennies, les disciplines humanistes ont été de plus en plus considérées comme inutiles et de plus en plus marginalisées non seulement dans les programmes scolaires, mais aussi et surtout dans les budgets des États et les comptes des organismes privés et des fondations. »

Et les exemples sont nombreux dans l’histoire où l’inutile a été mis au ban de la société voire détruit ou brûlé.

« Car, parmi tant d’incertitudes, une chose semble sûre : si nous laissions périr ce qui est inutile et gratuit, si nous renoncions à la fécondité de l’inutile, si nous écoutions uniquement ce véritable chant des sirènes qu’est l’appât du gain, nous n’aboutirions qu’à former une communauté malade et privée de mémoire qui, toute désemparée, finirait par perdre le sens de la vie et le sens de sa propre réalité. Et, une fois desséchés par la désertification de l’esprit, nous aurions alors bien du mal à imaginer que l’ignorant homo sapiens puisse conserver le rôle qu’il est censé jouer : rendre l’humanité plus humaine… »

Extrait de: Nuccio Ordine. « L’Utilité de l’inutile. » Apple Books.

Voici une conférence donnée à l’Ecole Normale Sup en 2015.

Une conférence passionnante : à goûter sans modération.

Nuccio Ordine analyse les différentes configurations des banquets de l’Antiquité et de la Renaissance. Après avoir montré les liens existants entre le manger (utile) et le penser (inutile ?), il explique les différentes conceptions philosophiques dont la métaphore est le banquet. Dans un second temps, après avoir expliqué les impacts de la découverte de Copernic, il explique la conception du monde selon Giordano Bruno pas seulement du point de vue de l’espace, mais aussi social et littéraire. On peut s’interroger sur notre rapport à la nourriture. Nourrir signifie aussi élever l’esprit dont le banquet serait une mise en scène.

Extrait de: Nuccio Ordine. « L’Utilité de l’inutile. » Apple Books.

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https://www.lesbelleslettres.com/livre/2776-l-utilite-de-l-inutile#content

 

 

 

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