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La fenêtre dans l’art

Voici un article traitant de la fenêtre dans l’art. Il montre les différentes fonctions de la fenêtre dans la représentation, au niveau spatial et plastique.

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La fenêtre dans l'art (1)

La fenêtre est un objet largement exploité par les peintres car elle permet de mettre en scènes deux espaces : l’intérieur et l’extérieur. Beaucoup d’artistes se sont penchés sur cette qualité absolue de la fenêtre : un démultiplicateur d’espaces. La fenêtre montre, sépare, relie, pointe, encadre, entoure, ouvre et divise, etc. Elle connaît plusieurs fonctions que les peintres ont largement soulignées tout au long de l’histoire de l’art.

Figure du divin, elle laisse passer à travers ses carreaux de douces et métaphoriques lumières.  C’est elle aussi qui crée un lien tout en séparant le dedans du dehors. De la Renaissance à l’art contemporain, elle enrichit l’espace qui devient multiple, hétérogène.

La fenêtre comme le miroir permet de fractionner l’espace représenté : tout comme lui, elle permet d’insérer un cadre dans le cadre. Cette mise en abyme incruste des vues dans des vues, enrichit l’Historia. Ces ouvertures engendrent des percées dans le visible : le regard est invité à l’errance, se promène dans l’espace tantôt du dedans, tantôt du dehors. Deux mondes cohabitent harmonieusement.

La fenêtre est aussi un objet de questionnement dans l’art contemporain : elle s’expose pour elle-même dans des installations. Les artistes nous font contempler ce qui jadis invitait à la contemplation. Il ne s’agit pas ici de faire l’inventaire d’un maximum de références sur la fenêtre mais de dégager quelles sont leur rôle dans l’œuvre produite par les artistes.

 

La veduta : Renaissance :

La fenêtre est un thème cher et nouveau à la Renaissance. Dans son De Pictura, en 1435, Alberti écrit « Je trace sur la surface à peindre un quadrilatère qui sera pour moi comme une fenêtre ouverte sur le monde. » Souvent les peintres représentent un intérieur avec une ouverture sur le dehors. Cette percée dans le mur est une « veduta » en italien qui veut dire vue. Hans Memling  dans le- Retable de Martin Nieuwenhove 1487 – Musée Memling, Bruges « Vierge à l’Enfant », panneau gauche du diptyque, représente un dedans et un dehors. Le regard n’est pas enfermé dans la pièce mais peut s’échapper à l’horizon. La couleur rouge est la dominante de l’intérieur tandis que le vert, la complémentaire, occupe l’espace extérieur. Le sacré et le profane cohabitent dans le diptyque ainsi que l’éternel figuré par la Vierge et l’enfant et le temporel avec la nature de l’extérieur.

Ghirlandaio dans Le vieillard et l’enfant de 1490 peint un contraste de temporalité inverse : le vieil homme et le jeune garçon montrent le côté temporel de l’existence tandis que le paysage lui, ne vieillissant pas incarne plutôt l’éternel.

 

 

La fenêtre métaphore du divin : Vermeer

La fenêtre laisse passer la lumière. On pourrait dire que c’est une métaphore du divin et de l’incarnation. Vermeer dans La Laitière du XVIIème siècle représente une jeune femme versant du lait dans une jatte. La lumière douce et tamisée baigne dans la pièce. C’est une lumière sacrée et la scène représentée nous explique de façon métaphorique la conception de Jésus.

 

La fenêtre comme dialectique de l’espace pictural : Matisse

La peinture célèbre de Matisse La desserte rouge montre une femme dans son intérieur. La nappe posée sur la table et la tapisserie sur le mur comportent les mêmes motifs. Cela donne une continuité spatiale et a pour conséquence d’aplatir l’espace. Les tons de rouge sont vifs. Une ouverture sur la gauche laisse entrevoir la nature extérieure dans toute sa splendeur. Les couleurs du jardin sont dans des nuances de vert qui contrastent avec le rouge de l’intérieur. Ce contraste de complémentaires est à son paroxysme.

 

La fenêtre comme division de l’espace : Agnès Fornell

L’image est constituée de six parties formant un tout. C’est bien là le pouvoir de la fenêtre de séparer et de relier.

 

La fenêtre comme illusion spatiale : Magritte

La peinture de Magritte représente une fenêtre donnant sur une vue d’un bâtiment. Les deux espaces intérieur et extérieur ne sont pas à la même échelle. La vue est surréaliste. Magritte bouscule les aspects illusionnistes de la peinture. La facture est précise et réaliste mais les échelles sont incompatibles ce qui donne un côté étonnant à la scène.

 

La fenêtre comme mise en abyme : Magritte

Dans cette autre peinture de Magritte on voit une toile d’un paysage placé devant une fenêtre. Cette toile représente le même paysage que celui extérieur. Ce paysage dans le paysage est une mise en abyme. Magritte montre les coulisses de la peinture réaliste et en trompe l’œil. Non seulement le tableau intérieur cache et révèle indissociablement le paysage qu’il donne à voir; non seulement le paysage donné à voir n’est pas un paysage réel; mais encore le tableau global dissimule sa nature de tableau au bénéfice de ce qu’il représente, tout en demeurant bel et bien réel, chose entre les choses. Nouvelle ambiguïté, même paradoxe!

 

 

La fenêtre comme cadrage : Hopper 1957 Western Motel

Le bâtiment découpe la scène en deux espaces : celui du bâtiment intérieur et celui du paysage. La fenêtre forme une sorte de cadre décalé plaqué sur le dehors. La perspective avec ses obliques encadre l’extérieur. C’est une sorte de mise en abyme avec deux vues qui s’incrustent l’une dans l’autre comme c’est le cas dans la peinture de Magritte. (Une vue dans une vue). La jeune femme est seule dans sa chambre d’hôtel et elle n’a que le paysage pour se distraire. C’est une peinture montrant un confinement.

 

La fenêtre comme objet : Duchamp

Marcel Duchamp connaît bien l’histoire de la fenêtre dans l’art ouvrant sur l’extérieur. Il choisit de montrer cette fois-ci une vraie fenêtre mais avec des vitres occultées n’ouvrant sur rien. L’objet n’est plus cette ouverture sur le monde et ne renvoie qu’à lui-même.

 

La fenêtre comme matériau : Shiota

A Room of Memory [21st Century Museum of Contemporary Art, Kanazawa, Chiharu Shiota, 2009.

La fenêtre est devenue un matériau pour cette installation. Elles forment un volume dans lequel est disposée une chaise. Ce sont les « murs » de l’installation. Dans la normalité, les fenêtres sont une percée dans le mur alors que dans l’œuvre de Shiota, elles deviennent parois, murs.