Les frères Luo, la Chine

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En voilà, une oeuvre appétissante ! Elle nous vient de Chine, de Canton, par les frères Luo: Luo Wei Dong, Luo Wei Guo, Luo Wei Bing. Les trois frères Luo sont nés dans les années 60, ils appartiennent à la minorité des Zhuang et parlent le dialecte de cette minorité, et non le mandarin. Surnommés les « trois W »:Weidong signifie « Gardien de la Nation », Weiguo « Gardien de Mao » et Weibing « Gardien de l’armée du peuple ». Ils semblerait qu’aujourd’hui les trois frères soient devenus les « gardiens de l’art ». Ils vivent aujourd’hui à une cinquantaine de kilomètres de Pékin.

Leurs sculptures réalistes avec leur mise en scène critiquent la nouvelle société chinoise qui s’est ouverte sur l’économie de marché avec pour conséquence l’arrivée des produits occidentaux sur leur territoire. Les couleurs sont vives et criardes comme les couleurs du célèbre Mac Donald. Les enfants bien grassouillets et souriants portent le sandwich comme pour les jours de fête, de procession ou de célébration.

Les compositions sont faites au préalable par ordinateur. Puis elles sont sculptées sur bois avec la technique de la laque chinoise pour envelopper le tout. La laque prend ses racines en Chine il y a plus de 3 000 ans, et sa technique s’est développée ensuite dans toute l’Asie du Sud-Est. Appliquée sur le bois elle le protège en l’imperméabilisant.

Les frères Luo marient dans leurs oeuvres la tradition et la modernité en s’inspirant du Pop Art et les techniques traditionnelles chinoises. Ils sont classés sous l’étiquette du Gaudy Art,  mouvement apparu dans les années 90, qui s’inspire du « kitsch » américain et de Jeff Koons. Ils caricaturent la société moderne chinoise et se moquent des politiques, par exemple ce portrait de Mao avec les bouteilles de bière Heineken.

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Un autre artiste chinois mélange les symboles de la Révolution chinoise avec ceux du monde occidental: c’est le cas de Wang Guangyi avec ses oeuvres reprenant des affiches de propagande:

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Wang Guangyi, dans le tableau Great Criticism Coca-Cola, met en scène l’ouvrier, la paysanne et le garde rouge, personnages symboliques de la nation. Ils tiennent dans leurs mains le Livre Rouge et désignent la marque de Coca-Cola tournés vers l’avenir.

On peut interpréter les symboles des Frères Luo dans leurs images: souvent ce sont des symboles de prospérité, les petits enfants joufflus rappelant les angelots de la Renaissance.

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On pense, en regardant les enfants sculptés par les Frères Luo, à Supermarket Lady de Duane Hanson avec le thème de la « mal-bouffe ».

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Mais que vont devenir ces enfants déjà potelés s’ils se gavent de hamburgers ? Ils vont devenir obèses et malades.

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Les artistes créent une sculpture boulimique qui donne envie de manger, envie de dévorer le hamburger, hyper-consommer. Les enfants doivent particulièrement aimer ce type d’oeuvres. Mais c’est en fait une critique de notre société de consommation riche en couleurs mais toxique à laquelle ils se livrent, visant également sa superficialité, son insouciance. Les Luo Brothers s’inscrivent dans la mouvance de ce que l’on nomme aujourd’hui le Nouveau Réalisme chinois. Ce mouvement apparaît dans les années 1990 au moment où le Parti Communiste Chinois met en place une « économie socialiste de marché ».

Yue Minjun est un artiste phare de ce courant artistique qui se peint dans des fous-rires explosifs et critiques de la politique chinoise. Mais est-ce un rire de joie ou au contraire un rire caustique et critique voire désespéré ? Yue Minjun disait à ses débuts : « le fait de sourire, de rire pour cacher son impuissance a (une grande) importance pour ma génération« .  »

En Chine, le bon usage du sourire et du rire fait l’objet de manuels détaillés, de conférences et de cours, qui recommandent expressément de toujours prendre en compte la situation sociale où se produit le rire, son apprentissage ne pouvant se faire hors contexte.  » Le savoir rire en Chine.

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Yue Minjun, Sky, 1997 Huile sur toile Collection privée, Europe © Yue Minjun

Les artistes chinois doivent utiliser des détours pour critiquer le régime politique. Le rire est une solution que Yue Minjun a trouvé pour délivrer ses messages. Le monde des frères Luo, bien que séduisant n’a rien de réjouissant. Les artistes chinois assistent à une mutation de leur société: croissance phénoménale de l’économie rendue possible par une main d’oeuvre bon marché venue des campagnes, explosion urbaine, déshumanisation et vide du monde spirituel, richesses fulgurantes, inégalités croissantes, les effets de la censure… Ce sont tous ces paradoxes qu’ils mettent en oeuvre dans des productions singulières marquées par l’histoire de l’art occidental.

La Chine découvre le monde moderne et Li Wei, photographe de l’apesanteur, montre dans ses clichés une Chine libérée de sa consommation, une Chine libre de voler mais pas encore libre de penser. Sa photographie montrant une BMW, symbole de la réussite sociale, en est un exemple.

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