Le journal dans l’art

Le papier journal a de grandes vertus plastiques. Il peut être utilisé tel quel, comme matériau ou comme support. Par cette plasticité, il peut devenir un atout précieux pour monter des séquences. Inscrit dans l’espace et dans le temps, le journal permet d’enrichir les productions des artistes qui, par son biais, offrent une critique de notre société moderne.

La peinture de Van Eyck La Vierge au Chanoine Van der Paele, 1436 est célèbre pour sa représentation des pages d’un livre dans un espace profond. Le chanoine tient dans sa main la Bible dont on peut lire un passage dans cette peinture minutieuse.

Détail :

« Depuis la deuxième moitié du 19e siècle – époque qui coïncide avec celle de l’invention de la rotative, par l’américain Richard Hoe –, les artistes se sont emparés du journal d’abord comme objet puis comme matériau et comme sujet. »(3)

« L’histoire de la relation entre la presse et l’art commence par des représentations de scènes de la vie quotidienne : « Le portrait du père lisant l’Evénement » de Paul Cézanne (1866) ou « Claude Monet lisant un journal » de Pierre-Auguste Renoir (1872). Les impressionnistes ne furent pas les seuls à s’emparer du médium qui, dans le même temps, gagnait en popularité : quelques années plus tard, les futuristes (dont le manifeste fut publié à la Une du Figaro le 20 février 1909), les cubistes, puis les dadaïstes l’intégrèrent dans leurs compositions (Picasso, Braque, Gris, Grosz). »(3)

Le portrait du père lisant l’Evénement » de Paul Cézanne (1866)

Le père de l’artiste lisant son journal
1866 198x119cm huile / toile
National Gallery of Art, Washingon, DC, USA

Août Claude Monet lisant un journal de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919, France)

Dans ces deux peintures, le journal est un prétexte graphique, compositionnel et pictural. La touche de peinture se libère dans cet espace.

Puis arrivent le cubisme avec ses célèbres papiers collés.

LA GUITARE, STATUE D’ÉPOUVANTE. BRAQUE Georges (1882 – 1963) © ADAGP, Photo RMN-Grand Palais – Droits réservés

Les papiers collés sont une forme de collage qui est composé de morceaux de papier : coloré ou non, portant un dessin ou sans, papier de journal, papier peint, etc., mais qui peut intégrer d’autres matériaux bidimensionnels, tels que la peinture, gouache et/ou huile, et être collé sur toile.

Ce procédé des papiers collés, mis au point par Georges Braque et Pablo Picasso, en 1912, introduit une très grande liberté dans la construction d’un nouveau type de réalisation plastique en deux dimensions, par la possibilité pour chaque forme, de trouver sa position et de tester la matière de chaque surface ou moyen d’épingles ou de punaises, avant de la coller. (wikipédia)

Le Petit Déjeuner. Juan Gris, 1914. Gouache, huile et crayon sur papier-peint collé sur toile, 80.9 x 59.7 cm. Museum of Modern Art1.

Pour Apollinaire, ces écrits sont intimement liés à l’environnement visuel parisien : les cubistes « introduisaient dans leurs œuvres d’art des lettres d’enseignes et d’autres inscriptions parce que, dans une ville moderne, l’inscription, l’enseigne, la publicité, jouent un rôle artistique très important ».(1)

Carafe et journal (1916), par Juan Gris. Peinture à l’huile et crayon sur panneau. (Norton Gallery of Art, West Palm Beach, Floride.)

Pablo Picasso (1881 – 1973)

La Bouteille de vieux marc (Bouteille de vieux marc, verre et journal)[printemps 1913]Fusain, gouache, papiers collés et épinglés sur papier 63 x 49 cm Inscriptions :Signé au revers : Picasso. Non daté

Le collage de journaux dans l’espace figuratif de la toile fait cohabiter deux types d’espace : celui de la figuration avec la planéité du texte des papiers collés. C’est un morceau de réalité qui s’invite dans la toile.

Puis, dans l’art contemporain, le journal devient le sujet de l’oeuvre et aussi son matériau.

Wand Du est un artiste chinois vivant en France. Les journaux sont au coeur de ses installations.

Wang Du, Le Monde, 2001, le quotidien est monumentalisé …

Ayant quitté son pays natal suite à 9 mois de prison après son arrestation lors des événements de la place Tiananmen,
il réalise cette installation ci-dessous à fin de critiquer le pouvoir chinois en place ainsi que les médias. Avril 2008.

« Wang Du est né en Chine en 1956. Installé à Paris depuis 1990, il a développé une œuvre basée essentiellement sur une critique spectaculaire de l’hégémonie des mass médias. Son travail s’articule autour d’un principe simple et radical : il collecte dans la presse des images d’événements ou d’individus de toutes provenances et les transforme en icônes sculpturales aux postures provocantes, aux expressions inquiétantes et aux couleurs criardes. Mélangeant allègrement l’anecdote sociale et l’événement politique capital, Wang Du met ainsi en exergue le télescopage du monde des images et dénonce leur puissance et leur pouvoir de manipulation sociale, intellectuelle et économique. »(2)

Les montages de peinture et de journaux d’On Kawara figurent la succession des instants dans la durée de manière conceptuelle.

Chie Hitotsuyama roule du papier journal pour faire des sculptures incroyables

 

 

 

Frederik Van Simaye, sculpture de ballons papier journal, courtesy galerie Waterside Contemporary

A travers cette petite histoire du journal dans l’art, on voit son odyssée dans son utilisation par les artistes. Il devient un élément incontournable de la scène artistique contemporaine.

(1) https://www.histoire-image.org/fr/etudes/cubisme-modernite

(2) http://archives.palaisdetokyo.com/fr/prog/expo/wangdu.html

(3) http://www.ajp.be/quand-lart-sapproprie-et-questionne-la-presse/

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