La motivation en arts plastiques

« La motivation est définie en termes « d’état d’activation » pour répondre à un motif à satisfaire. Il existe diverses sortes de motivations mais nous nous intéressons ici aux motivations dites cognitives (la curiosité). Elle consiste à susciter chez l’apprenant l’envie, le désir d’apprendre, à capter son attention, à l’intéresser. »(1)

Deci et Ryan en 1985 puis 2002 définissent les motivations en catégories distinctes.

Plusieurs facteurs interviennent dans la motivation des élèves : le contenu de la leçon, la manière dont elle est présentée ainsi que les moyens d’évaluation mis en oeuvre. En effet, une évaluation peut engendrer chez l’élève le désir de s’engager dans le travail ou au contraire le bloquer.

La motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque :

« La motivation de l’élève pour les activités scolaires peut être qualifiée, selon la classification instaurée par Deci (1975), d’intrinsèque si ces activités sont accompagnées d’un sentiment de compétence et d’autodétermination, et qu’elles procurent en elles-mêmes intérêt et satisfaction, ou d’extrinsèque si la situation est perçue comme « contrôlante » et que les activités ne sont pas développées pour elles-mêmes mais par pression sociale ou pour en retirer quelque chose qui leur est extérieur (récompense, des sanctions, etc.…). » (1)

La motivation extrinsèque est suscitée par un déclencheur extérieur à l’élève (satisfaction des parents, note, récompense) tandis que la motivation intrinsèque n’appartient qu’à l’enfant (envie de mettre en oeuvre ses compétences, envie de chercher une solution, envie de relever le défi, etc).

On comprend facilement que c’est bien la motivation intrinsèque qui est à chercher dans les cours d’arts plastiques. La nature du problème posé, la nature des matériaux proposés sont autant de paramètres qui vont engendrer chez l’élève ce désir de faire et d’apprendre.

« La motivation intrinsèque est associée à davantage de créativité et à des stratégies d’apprentissage basées sur la compréhension plutôt que sur des traitements plus superficiels (apprentissage « par cœur », caractéristique d’une motivation extrinsèque). »

Les dispositifs trop fermés, les consignes trop floues ne permettront pas de déclencher chez les élèves cette motivation recherchée.

Cette quête de motivation intrinsèque est un rempart contre les errances des élèves. « Le risque de distraction est moindre dans le cas d’une motivation intrinsèque associée à un réel intérêt pour l’activité en cours. »(1)

« Selon les théories modernes de la motivation, trois besoins fondamentaux constituent les fondements de la motivation intrinsèque : le besoin de compétence, le besoin d’autodétermination, et le besoin d’appartenance sociale. »(1)

Source du schéma : https://se-realiser.com/agir-sur-la-motivation/

Le besoin d’appartenance sociale : les élèves ont besoin de cette reconnaissance par leurs pairs. On le voit bien lors des mises en commun : tous les élèves cherchent à être reconnus et appréciés non seulement par leurs camarades mais aussi par la communauté éducative. Le modèle d’enseignement choisi par l’enseignant peut favoriser ou non cette appartenance sociale : les pédagogies actives (basées sur la dynamique de l’élève) sont bien plus performantes pour permettre aux élèves de manifester leur besoin d’appartenance sociale.

Le besoin de compétence : « correspond à une nécessité de développer des comportements offrant une satisfaction liée à la réussite et à un sentiment de progrès »(1)

Le besoin d’autodétermination : « correspond à une nécessité de développer des comportements offrant une satisfaction liée à la réussite et à un sentiment de progrès. Les activités présentant un « décalage optimal » entre la difficulté de la tâche et le niveau de compétence de l’élève sont, de ce point de vue, favorables à l’émergence d’une motivation intrinsèque. »(1). On voit bien que le cours d’arts plastiques met en scène de manière efficace ce besoin d’autodétermination : l’élève prend des décisions et fait des choix. Il est au centre de ses apprentissages : il en est le moteur.

La régulation : (2)

- Absence de régulation : absence complète de motivation
Exemple pour un cours d’arts plastiques : je ne vois vraiment pas ce que je peux apprendre dans ce cours

- Régulation externe : correspond à la définition initiale de la motivation extrinsèque. Le comportement de l’individu est régulé par des sources de contrôle extérieures à la personne, telles des récompenses matérielles ou des contraintes imposées par une autre personne
Exemple : je ne vois pas ce que je peux apprendre mais je le fais pour faire plaisir à mes parents.

- Régulation introjectée : l’individu commence à intérioriser les contraintes externes en se culpabilisant notamment. L’action n’est pas encore librement choisie puisque l’individu agit pour éviter une conséquence désagréable qu’il s’impose en se culpabilisant
Exemple: Parce que je me sentirais mal face à moi même de ne pas suivre le cours d’arts plastiques

- Régulation identifiée : même si l’activité au final est réalisée à des fins externes, elle devient valorisée et importante pour l’individu qui s’identifie alors à cette activité
Exemple : parce qu’en arts plastiques je m’épanouis.

- Régulation intégrée : l’activité est cohérente avec le concept de soi de la personne, qui peut alors s’approprier l’action et trouver des sources d’auto-motivation complémentaires à la source externe à l’origine de l’action
Exemple parce que je peux prendre des décisions moi-même

- Régulation intrinsèque : correspond à la définition initiale de la motivation intrinsèque. L’action est conduite uniquement par l’intérêt et le plaisir que l’individu trouve à l’action, sans attente de récompense externe
Exemple  : je suis complètement absorbé par le cours qui passe trop vite !!!

Un même élève peut être motivé de manière intrinsèque (prendre du plaisir dans l’activité) et extrinsèque (se mobiliser pour la note). On comprend alors aisément pourquoi nous évaluons par compétence afin de mobiliser la motivation intrinsèque des élèves.

Les arts plastiques procèdent par tâtonnement expérimental. « L’acte de créativité que constitue l’émission d’hypothèses, la possibilité d’un cheminement personnel dans le tâtonnement, ou encore la coopération qui s’engage dans un tâtonnement collectif s’inscrivent dans le cadre des besoins d’autodétermination et d’appartenance sociale. »(1)

C’est bien ce tâtonnement, cette quête par étapes que les enseignants doivent mettre en place dans leur dispositifs. Ce dispositif basé sur le tâtonnement demande aux élèves de prendre des décisions : parfois elles sont efficaces parfois non. Le statut de l’erreur est tout autre que dans une pédagogie transmissive et directive basé sur les connaissances à restituer. L’erreur fait partie du cheminement de l’élève. Le but n’est pas la vérité mais le chemin parcouru par l’élève. L’élève tâtonne jusqu’à ce qu’il trouve lui même la diversité des réponses possibles à un problème donné.

Comment motiver les élèves ?

Il ne faut pas chercher la performance mais bien viser les élèves. Opter pour une posture de contrôle ne permet pas d’installer les élèves dans une motivation intrinsèque. Dominique Bucheton définit la posture de lâcher prise comme étant un acte de confiance instauré avec les élèves.

La nature de l’activité est également importante : (1)

Être signifiante, aux yeux de l’élève 

Être diversifiée et s’intégrer aux autres activités

Représenter un défi pour l’élève

Être authentique 

Exiger un engagement cognitif de l’élève

Responsabiliser l’élève en lui permettant de faire des choix

Permettre à l’élève d’interagir et de collaborer avec les autres 

Avoir un caractère interdisciplinaire

Comporter des consignes claires

Se dérouler sur une période de temps suffisante

Le passage de la motivation extrinsèque à l’intrinsèque ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Il se construit par étapes successives.

Nous  sommes tous confrontés à ces élèves qui « copient ». Quelle serait la bonne réponse à leur donner au prisme de ces différentes sources de motivation ? Ne sont-ils pas animés par la peur de décevoir (parent, professeur, etc), par la peur de se tromper mais en même temps pétris par l’envie de rendre quelque chose ? N’est-ce pas la manifestation d’une motivation intrinsèque en train de se faire : passage de la régulation introjectée à la régulation à la régulation identifiée ? (pressions internes).

(1) https://lewebpedagogique.com/compgreg/2009/01/18/la-motivation-des-eleves/#more-92

(2) http://alain.battandier.free.fr/spip.php?article19

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