Analyse d’une oeuvre d’art

Une oeuvre d’art est résistante. Elle ne s’offre pas au premier coup d’oeil. Il faut plusieurs jours voire des semaines et parfois des mois pour arriver à tirer ce fil conducteur qui nous mènera à la sève de celle-ci. Comment peut-on analyser une oeuvre d’art ? Jusqu’où peut-on aller ?

En fin de cet article des documents de l’Ecole Polytechnique de Montréal qui vous aideront à analyser des oeuvres d’art. Ce document peut être projeté aux élèves pour les aider à entrer dans une oeuvre d’art.

Il y a autant d’oeuvres et de postures d’artistes que de personnes. Il y a également autant de personnalités chez les critiques.

Il y a ceux qui voudront imposer leur toute-puissance sur les/leurs oeuvres. Certains artistes n’admettent pas que celles-ci leur échappent.

Comme il y a les artistes qui vont rebondir sur une analyse, renouveler leur pratique.

Une oeuvre ne s’use pas, elle ne fait que s’épanouir avec son exégèse.

Une oeuvre d’art est comme un papier froissé en boule (1) qu’on essaie de déplier pour faire pénétrer du souffle, de l’air à l’intérieur. Il y a des critiques tous-puissants qui voudront aplatir la feuille. Mais même plan, le papier garde la mémoire de ses traces.

Il est vain de croire que les oeuvres d’art contiennent des mystères que l’analyse va révéler.

L’analyse est une « écoute visuelle attentive » de tous les indices qui se nichent à l’intérieur.

L’analyste doit être mû par une volonté de rencontre avec cette oeuvre.

Il n’y a pas d’oeuvres plus faciles que d’autres. Ce sont des entités avec une personnalité, une histoire, un vécu qui tissent des liens avec le monde qui l’entoure mais aussi avec le passé. Une oeuvre est une sorte de carrefour spatio-temporel.

Une oeuvre d’art a une dimension publique et une sphère touchant à l’intimité. Lorsqu’on essaie de dialoguer avec elle, ce sont deux intimités qui se croisent. Le voyeur par exemple confond le public et l’intime. Il n’y a pas de gradation entre ces deux espaces. Une analyse ne doit pas forcer cette intimité qui se livre au regard. L’analyste doit accompagner ce mouvement de l’oeuvre d’art du public à l’intime en retraçant le chemin pour y parvenir. C’est une sorte de maïeutique dont il faut avoir présent à l’esprit les limites. Car en effet, il n’y a pas la présence d’un modérateur.

Et il y a ce moment jouissif, lorsque l’oeuvre d’art cède au discours posé sur elle, et qu’elle devient lumineuse pour celui qui la déplie. Comme avec ce papier en boule qui résiste au premier geste mais qui finit par acquiescer lorsqu’on le déploie avec délicatesse.

L’analyse doit être délicate, sensuelle à la manière d’une danse de couple comme le tango. C’est ce va et vient, ces mouvements entre elle et celui qui l’analyse qui finiront, s’ils sont bien accomplis dans la douceur et le respect, par déterminer une figure.

C’est bien là que se joue l’analyse : quelle figure donner à ce que l’on perçoit ? Quel mouvement insuffler à son discours en fonction de ce qui est perçu ?

Pourtant l’analyse n’est pas percevoir : c’est faire parler des indices concrets présents dans l’oeuvre.

L’analyse est une recréation de l’oeuvre qui a un but : traduire le mouvement susceptible d’être généré chez le spectateur avec la volonté de l’accompagner.

Et, pour avoir eu des retours d’artistes au sujet d’analyses que j’ai pu mener, rien n’est plus encourageant de s’entendre dire qu’ils ont été touchés. En effet, gardons bien à l’esprit que derrière les oeuvres se nichent des artistes avec leur sensibilité.

Les analyses n’existeraient pas sans les oeuvres. Mais il faut avoir présent à l’esprit que l’art tournerait en rond sans l’écho de son analyse.

C’est bien ce qui est en jeu dans les mises en commun avec les élèves : les accompagner pour voir le « dedans » et le « dehors » de leurs productions plastiques et des références artistiques.

Voici une grille permettant de construire une critique d’une oeuvre d’art adaptée à la peinture mais qui peut être appliquée à d’autres formes artistiques avec quelques adaptations:

Puis voici un document de l’Ecole Polytechnique de Montréal très pertinent :

 

(1) Thérèse PEREZ-ROUX

4 commentaires

  1. Profari

    Bonjour,

    merci pour les partages de qualités.
    Il me semble cependant qu’il y est ici une erreur :

    « 5c- les plans … plan moyen ou italien :coupé sous les pieds » ; le plan italien montre le personnage coupé à mi-mollet (l’objectif de base étant de montrer les grandes robes).

    « 5c- les plans … plan rapproché ou américain :coupé à mi cuisse » ; les plans rapprochés sont nombreux (plan rapproché taille, plan rapproché buste, plan rapproché épaule) dont le plan rapproché cuisse dit le plan western.

    Amicalement,
    Profari

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