Les enseignements artistiques avec la réforme et les nouveaux programmes

Les enseignements artistiques avec la réforme et les nouveaux programmes : chronique d’une mort annoncée ?

Nous venons de recevoir les modalités de la réforme du collège que nous devons examiner avec bienveillance mais aussi un regard critique vis-à-vis de ce qui se trame derrière elle.

Si une réforme est nécessaire pour permettre à tous les enfants de la Nation d’avoir une formation aux fondamentaux : lire/écrire/compter/savoir rechercher/savoir comprendre/avoir des méthodes de travail/savoir-savoir, elle doit intégrer une modification des pratiques pédagogiques.

L’enfant d’aujourd’hui n’a pas le même environnement qu’auparavant.

Le Socle Commun de connaissances, de compétences et de culture (voir BO n°17 du 23 avril 2015) apporte des éléments de réponse à ces nouveaux besoins. Les enseignements transdisciplinaires sont préconisés et les élèves pourront mettre en œuvre des connaissances théoriques et pratiques.

Mais cette réforme a ses limites :

Le nombre d’heure hebdomadaire a été limité à 26 heures par semaine pour préserver la santé des élèves. Ces 26 heures ont été découpées et attribuées entre les différentes matières par un savant calcul qui tient autant de l’influence de chaque discipline que d’un besoin réel d’heure d’enseignement.

Or dans ce volume horaire doivent s’intégrer les nouveaux enseignements suivants :

  • les enseignements complémentaires sous la forme d’enseignements pratiques interdisciplinaires et l’accompagnement personnalisé (soit 4 à 5 heures par semaine),
    – les enseignements transversaux comme l’histoire des arts, l’enseignement moral et civique ainsi que pour l’éducation aux médias et à l’information,
    – les parcours du citoyen, parcours d’éducation artistique et culturel, parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte des métiers …

Pour mettre en œuvre cela, il faudra bien intégrer ces nouvelles pratiques dans le volume des heures d’enseignements disciplinaires et par delà compresser les contenus de chaque discipline ou alors « compacter » les disciplines artistiques telles que la nôtre à cause de ces nouveaux dispositifs pédagogiques.

Nous pouvons craindre que les arts plastiques se réduisent petit à petit à ces enseignements complémentaires…

Les nouveaux programmes pour les disciplines artistiques ne pourront avoir de cohérence qu’à partir du moment où nos disciplines seront protégés de telles dérives pour assurer les enseignements complémentaires que les autres disciplines ne voudront pas intégrer si facilement que cela.

Examen de la Réforme du Collège:

Les réformes sont tombées avec ce qu’elles ont de porteur : la transdisciplinarité mais aussi avec ce qu’elles fragilisent: la cohérence et la singularité des enseignements artistiques. Education musicale et arts plastiques seront communément dénommés: enseignements artistiques.

Qu’en pensez-vous ?

Le changement de cycle est prévu également avec un cycle 3 (CM1-CM2-6ème) et cycle 4 (5ème-4ème-3ème).

L’enseignement est envisagé sous plusieurs formes: les enseignements pratiques interdisciplaires qui sont la grande nouveauté de cette réforme avec l’accompagnement personnalisé.

Trois_types_d_enseignements_obligatoires_410072

 

L’Enseignement Pratique Interdisciplinaire (EPI) sera assuré par plusieurs enseignants autour d’une question commune et autour de l’idée d’un projet de création à mettre en oeuvre avec les élèves.

« Les EPI seront des moments privilégiés pour mettre en œuvre de nouvelles façons d’apprendre et de travailler pour les élèves. »

 Les EPI et leurs 8 thèmes de travail, définis dans les programmes, seront pris en charge par les enseignants de toutes les matières.

 Les EPI ont un caractère obligatoire pour tous les élèves, leur organisation est définie et prise en charge par les enseignants conformément au projet d’établissement ; chaque discipline contribue aux EPI.

 Les enseignants définiront en équipe les contenus des cours. → La confiance dans les initiatives des équipes pédagogiques et éducatives est une des clés de la réussite.  Le travail sur ces thèmes aboutira à la réalisation d’un projet incluant une réalisation concrète, individuelle ou collective. (voir eduscol)

Les EPI portent sur les huit thématiques interdisciplinaires qui sont définies dans l’arrêté d’organisation des enseignements au collège :

EPI_410060

Développement durable

Sciences et société

Corps,santé, sécurité

Information, communication, citoyenneté

Culture et création artistiques

Monde économique et professionnel

Langues et cultures de l’Antiquité

Langues et cultures étrangères et, le cas échéant, régionales » (Eduscol)

« L’établissement peut moduler de manière pondérée la répartition du volume horaire hebdomadaire par discipline, dans le respect à la fois du volume horaire global dû à chaque discipline d’enseignement obligatoire pour la durée du cycle, du volume horaire global annuel des enseignements obligatoires dû à chaque élève et des obligations réglementaires de service des enseignants. La modulation de la répartition du volume horaire hebdomadaire est fixée pour la durée du cycle. La répartition du volume horaire doit rester identique pour tous les élèves d’un même niveau. Toutes les disciplines d’enseignement obligatoire sont enseignées chaque année du cycle. »PROJET D’ARRÊTÉ VOTÉ LORS DU CSE DU 10 AVRIL relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège. Article 10

 

Il faudra bien trouver des heures pour assurer ces Enseignements Pratiques Interdisciplinaires  dans l’enveloppe globale horaire par niveau. Mais comment ?

Capture d'écran - copie

Si vous faites le calcul du nombre d’heures par niveau, vous pouvez constater que ces 3 ou 4 heures d’enseignement complémentaires vont être prises sur l’enseignement commun.

Quelle discipline voudra lâcher une heure pour cela ?

La globalisation des horaires est-elle acceptable ?

Ce projet conduit  à une diminution des horaires de toutes les disciplines et à une globalisation des horaires de certaines d’entre elles : 
 langues vivantes ; SVT- sciences physiques – technologie ; enseignements artistiques. 

Les heures d’enseignements artistiques ne risquent-elles pas d’être les premières visées avec un tel dispositif amenant ainsi à la perte d’un véritable enseignement artistique au profit d’autres enseignements où nous perdrons notre substantifique moëlle ?

Qu’en pensez-vous ? 

« La réorganisation conduira-t-elle à baisser les horaires des différentes disciplines ?

Il n’y aura de baisse horaire pour aucun enseignement disciplinaire. » Eduscol

Selon le ministère, toutes les disciplines retrouveront au minimum leurs horaires de fonctionnement actuels. La différence avec l’existant est qu’une petite partie de cette dotation disciplinaire sera consacrée à la mise en place de projets, au choix des équipes d’enseignement.

Comment trouver autrement que par magie les heures dévouées à ces nouveaux enseignements ? Une heure d’Epi par exemple »Culture et création artistiques » comptera-t-elle comme une heure d’enseignement artistique ?

« En 5e , 4e et 3e , les élèves travailleront sur au moins deux thèmes différents par an.

Chaque collège définira les thèmes de travail – entre 6 et 8 – qui seront proposés aux élèves. Les modalités de choix seront définies au niveau de chaque collège. → La confiance dans les initiatives des équipes pédagogiques et éducatives est une des clés de la réussite. 

Cela ne posera pas de problème d’équité car l’objectif de ces nouveaux thèmes, c’est de faire travailler ensemble les équipes éducatives et d’apprendre aux élèves à travailler autrement et à développer des compétences nouvelles. » (Eduscol)

On comprend ainsi que les emplois du temps seront modulables avec par exemple la possibilité de proposer aux élèves des enseignements artistiques sur seulement un trimestre ou un semestre, enseignement qui deviendra EPI par la suite.

« Ainsi, par exemple, une classe pourrait bénéficier de deux heures d’éducation musicale concentrées au premier semestre, puis de deux heures d’arts plastiques au second semestre. » (Eduscol)

Qu’en pensez-vous ?

Le professeur d’arts plastiques ne risque-t-il pas de perdre le fil de son enseignement avec un écartèlement entre les EPI, l’Accompagnement personnalisé, L’Histoire des Arts, Les Parcours culturels et autres ?

Qu’en pensez-vous ?

La réforme prévoit de consacrer 20% du temps d’enseignement à l’autonomie. Cette autonomie est néanmoins encadrée : ce sont d’une part des heures pour mener des projets interdisciplinaires dans des thématiques définies par le ministère et pour accompagner les élèves dans leur travail et leur parcours, d’autre part des marges d’heures-profs pour pouvoir travailler en groupe réduit. Le conseil pédagogique aura un rôle essentiel à jouer pour utiliser ces marges d’autonomie.

Les nouveaux programmes d’arts plastiques 2015:

Programmes d’arts plastiques du Cycle 3 (proposition pour consultation)

programmes arts plastiques cycle 3

 

Programmes d’arts plastiques du Cycle 4 (proposition pour consultation)

Programmes arts plastiques cycle 4

Ne s’agirait-il pas en fait d’un patchwork des anciens programmes de 2008 et de 96, d’où une cohérence difficile à trouver ?

Où-va-t-on ?

Vers quelles formes d’ apprentissages: exercices d’application ou réelles situations d’explorations ?

Quels sont les objectifs de ces nouveaux programmes ?

Qu’en pensez-vous ?

 

28 commentaires

  1. Catherine Lam

    Bonjour Madame Perez, je suis stagiaire agrégée en arts plastiques et je profite de mes vacances pour me replonger dans votre site : c’était déjà une mine d’or pendant mes préparations de concours et je continue toujours à m’y ressourcer ! Vos petites vidéo notamment sont parfaites. Juste une réaction pour vous remercier aussi de nous faire partager vos éclaircissements – et vos interrogations – face à la réforme du collège et aux nouveaux programmes. J’ai les mêmes réticences : les Arts Plastiques ont du mal à défendre leur spécificité, désormais pris en tenaille entre le Péac et l’Hida (intéressants mais qui empiète sur un volume horaire déjà très faible), alors si on rajoute les EPI, la globalisation et le manque de moyens pour une réforme majeure… Nous sommes une discipline très faible, dont il faudrait défendre la spécificité. Dans l’exemple d’EPI donné par le ministère, les Arts P sont évoqués uniquement pour 2 élèves qui « savent bien dessiner », on se demande si ils ont bien compris quelle était notre matière ! Quant aux nouveaux programmes, je suis très déçue, ils sont abstraits et fourre-tout, alors que les précédents avec un objet d’étude principal par niveau étaient opérationnels. Un casse-tête pour nos futures séquences… Tout ça alors je me suis rendue compte que tout ce qui intéresse – et nous aussi, enseignants – les élèves, c’est de faire de la pratique, construire, explorer, chercher, dans un cours qui soit différent de tous les autres ! Je n’ai pas vu beaucoup de réactions sur le net mais j’espère que les enseignants d’AP vont essayer de comprendre, demander des éclaircissements et réagir. A ce propos, j’ai croisé un site très intéressant qui explique la réforme. Il y manque un contributeur en AP… : http://www.reformeducollege.fr/home
    Merci encore pour tout votre travail, il donne envie d’enseigner !

  2. Aure Julien

    C’est génial de pouvoir échanger ici. Car seul dans son établissement c’est pas évident.

    Sur le point : « Si vous faites le calcul du nombre d’heures par niveau, vous pouvez constater que ces 3 ou 4 heures d’enseignement complémentaires vont être prises sur l’enseignement commun. »

    Tout va se jouer sur la mise en oeuvre de ces textes.
    Je pense que les élèves feront par exemple toujours leur nombre d’heures d’anglais mais d’une autre façon. Du coté prof ces heures seront des EPI. Toutes les heures d’une discipline ne seront plus du cours « magistral ». Il y aura peut être sur 3 heures d’enseignement d’anglais, 2 heures pour travailler en interdisciplinarité avec un autre collègue sur un des thèmes mais en demi groupe. L’élève pourra du coup travailler en petit groupe en langue sous forme de « jeux », de situation théâtrale, de situation de vie….
    L’autre heure sera consacré à des bases ensuite.
    Il y a un vrai coup de projecteur en fait sur ces pratiques qui existent déjà, souvent des façon anonyme ou des projets ou situations de cours qui mériteraient d’être fait en binôme mais actuellement travailler dans sa discipline uniquement.

    Quant à notre discipline des arts plastiques, 1 heure cela est évident qu’on ne peut pas entrer dans les EPI. Si on regarde les textes, nous ne sommes pas visés.
    J’imagine une évolution aussi des emplois du temps liés à cette réforme: travailler sur un modèle anglo-saxon avec les cours fondamentaux le matin, et les apres midi les EPI, option (DP3, latin, prepa pro), les accompagnements personnalisés, l’EPS, les arts plastiques.

    Quant aux nouveaux programmes, en fait on retrouve ce que l’on fait déjà dans nos programmes actuels et des réintroduction d’entrée de 96 qui manquaient réellement dans la pratique de notre enseignement. Il y a 3 découpages qui finalement revient à 5eme: représentation/réalité et fiction ; 4eme: processus de création, matérialité et objet; 3eme:Oeuvre Espace, auteur, spectateur. Le fait de ne pas marquer le cloisonnement invite aux enseignants il me semble à ne pas abandonner l’acquisition des compétences précédentes et lui laisse la liberté de faire un retour pour l’acquisition d’une compétence ou pour un projet à mettre en place.

    Rien d’effrayant mais des points à éclaircir c’est sûr pour éviter les dérives d’application car beaucoup vont avoir être effrayé par la mise en oeuvre si ce n’est pas guidé.

    Au plaisir de vous lire.

  3. Catherine

    Bonjour, pour répondre à Julien, contrairement à ce qu’il pense, nous risquons vraiment de perdre des heures d’enseignement des arts plastiques. Nous sommes très visés par cette réforme qui ne s’annonce pas très positive pour nous. Car si les EPI prennent la place d’une bonne part de nos enseignements que nous restera t-il à raison de moins d’une heure d’enseignement par semaine? Regardez dans la répartition des heures, celles dédiées aux EPI ne s’ajoutent pas, il faudra bien prendre du temps sur des heures disciplinaires et certaines équipes de direction risquent de viser les enseignements artistiques !

      1. Pujalte

        bj non, chaque EPI prendra sur les heures de cours de chaque collègue. Il n’y aura pas de réduction horaire pour les arts. Si un collègue de français et d’histoire travaillent sur un EPI le temps horaire sera imputé à leur 18 h. Si je travaille sur un EPI j’aurai mes 16 h de cours classique et 2 heures EPI; en rapport avec ma matière.

  4. Kourdaci Vanessa

    Merci, merci, merci! Enfin quelqu’un qui présente les choses clairement et textes à l’appui. Pour ma part je suis très inquiète pour notre discipline mais aussi pour l’avenir de notre éducation dite NATIONALE. J’ai manifesté en mai, mon collège se mobilise. Nous avons fait une explication de texte ce soir même aux parents( en dehors du collège après interdiction de l’inspection). Nous espérons qu’ils prendront le relais, car la parole des profs n’a malheureusement que peu de valeur….

  5. magikos

    Ce qui est le plus insupportable est la mise en concurrence des disciplines donc des collègues entre eux avec comme seul arbitre : un ou une chef d’établissement! c’est infantilisant d’autant plus que nous ne sommes plus écoutés car le mépris pour notre profession bat son plein dans l’opinion public . Que faire ? Monter un collectif ? Réaffirmer la nécessité et les enjeux d’un enseignement des Art P de qualité pour tous ? Demander le soutien des artistes , des professeurs des écoles des beaux arts , arts déco et autres ? Cette réforme instrumentalise notre enseignement pour le mettre au service des autres disciplines ! Mais les arts plastiques comme séances d’expression artistique personnel des élèves c’est FINI .
    Que disent nos IPR ? courber le dos , pas de vagues … « Montrez vous comme des professionnels de l’éducation  » nous a conseillé le nôtre … sinon EXIT !

  6. magikos

    Qu’en pensez vous ? Cette réforme est cohérente avec tout le reste : informatisation à outrance , vidéosurveillance imposée, contrôle social au travail , infantilisation généralisée , déculturation organisée à grand renfort de foot et de soupe télévisuelle , mais où sont donc passées les maison de la culture ? , démoralisation orchestrée par des media bridés par la logique du pouvoir en place , culte de l’instantanéité , l’urgence c’est la mort ! et à votre avis pourquoi parle t on dans ces programmes au rayon  » cours de technologie » de l’Homme augmenté ? et bien parce qu’il y a encore du fric à se faire par là : éduquer et banaliser l’Homme augmenté et nos élèves accepteront volontiers de porter des prothèses numériques …Qui dénonce aujourd’hui ce système ? certains artistes .. décidément ! il faut instrumentaliser au plus vite le cours d’arts plastiques pour ne pas laisser trop de champ libre à la pensée … c’est la mise au pas avec les autres ou c’est DEHORS !

  7. Quinet Séverine

    Je découvre ce site aujourd’hui!! Merci en effet de créer un peu de lien entre nous!! Je suis très pessimiste pour l’avenir de notre discipline et je pense que nous devrions essayer de faire entendre notre voix!!! Comment? Nous sommes très isolés dans nos établissements…Si quelqu’un à une suggestion? Je suis preneuse.
    Séverine Quinet professeur d’arts plastiques au collège Schweitzer de Créteil.

  8. Emmanuel

    Bonjour et bravo pour ce site. Une question me taraude concernant les epi : Si ils sont obligatoires pour les élèves, qu’en est-il pour les enseignants? Si aucun enseignant ne souhaite proposer d’ epi, ou y participer? Si j’ai bien compris, les epi correspondent à 20% des cours… Tout ça basé sur la confiance portée aux enseignants et aux établissements…histoire de nous indiquer toute la pression que nous devrons subir plus tard.
    Emmanuel

  9. Emmanuel

    J’en reste à mon idée : si un prof ne souhaite pas participer aux EPI, qu’en est-il de son obligation ? Il est indiqué que tous les enseignements participent aux EPI, et les thèmes engagent à priori toutes les disciplines. Mais à aucun moment je ne crois avoir lu le mot « obligatoire » (sans sous évaluer la pression des chefs et des IPR).
    En gros, si le prof de musique est motivé, je peux l’encourager ou mieux, laisser le prof d’HG aborder le patrimoine avec le prof de techno qui va modéliser… ou faire je ne sais quoi, et, de ce fait, faire apparaître un EPI « Culture et création artistique » parmi les 6 thèmes obligatoires, sans avoir besoin d’y consacrer moi-même du temps ? Il y a peut-être là un moyen de lutter et faire valoir nos exigences disciplinaires, nos spécificités intellectuelles et pratiques.
    Une des premières choses à faire (en cette période propice), c’est de s’impliquer dans les conseils d’administration !

  10. magikos

    Je pense qu’il vaut mieux s’emparer des EPI « culture et création » au risque de se faire instrumentaliser par d’autres disciplines et de finir par faire de l’illustration ….je compte proposer des rapprochements entre arts plastiques et sciences physiques et pour les réalisations plastiques il faut un budget dédié et spécifique et s’il n’ y a pas d’argent … là vaut mieux sièger au CA et interpeller des parents qui se comportent le plus souvent comme des moutons fatalistes .. ils va falloir qu’ils se bougent aussi !

  11. Tweety pie

    Merci Madame Perez ! Votre site est un petit chef-d’oeuvre d’intelligence et de sensibilité ! Vous êtes un phare pour tous ceux qui s’intéressent à l’enseignement des AP et à l’art en général.

    Au sujet des EPI,leur dimension « pratique » nous place de fait, en première ligne et il nous faudra être vigilants pour que notre enseignement ne soit pas subordonné aux projets des autres disciplines, pour cela, le mieux est d’anticiper et d’être force de propositions dans nos établissements pour créer des projets interdisciplinaires riches et innovants (ceci étant assujettie aux affinités des uns et des autres, donc pas toujours simple à mettre en oeuvre et si le terrain n’est pas occupé, il y a fort à parier que nous serons croquer tout cru !).
    Après un tour d’horizon des projets des nouveaux programmes C1, C2, C3, C4, ce qui apparaît très nettement c’est la globalisation des apprentissages à travers le croisement des enseignements par la mise en projet de l’élève dans des situations favorisant la collaboration.
    On voit clairement l’objectif qui est de changer de modèle pédagogique, notamment en terme d’évaluation: évaluer des compétences ( savoir, savoir-faire, savoir-être) ce que l’on fait déjà mais en y adossant souvent des critères qui sont convertis en notes, rendant ainsi l’évaluation par compétences assez artificielle ou peu lisible. Notons que les AP se prêtent assez bien à l’évaluation par compétences car cela fait longtemps que notre enseignement repose sur des démarches où ce qui est recherché est la construction d’un processus plus que la conformité à un résultat ( par leur dimension exploratoire et réflexive les AP sont d’essence proches des théories  » cognitivistes ». Pour info et pour ceux que ça intéresse, en juin 1990, à Chicago, une centaine de formateurs du monde entier se sont rencontrés pour souscrire au document:  » Education 2000, une perspective holistique. » Les ambitions d’Education 2000 étaient de garanti l’avenir de l’humanité et de tous les êtres vivants grâce à une réforme de l’éducation; dans ce document l’Education était envisagée comme un tout intégré où tout est lié ( holistique donc).
    Si nous nous interrogeons sur notre conception de l’école ou du collège et des apprentissages, les parents ont souvent eu un vécu scolaire différent de celui de leurs enfants, néanmoins on peut se demander si l’école a vraiment changé ces 30 dernières années car on trouve encore beaucoup d’enseignants qui pratique une pédagogie dite  » traditionnelle » où la pratique de classe est celle du cours dialogué ( questions/ réponses), l’élève est passif, on doit le « remplir » de savoir; il apprend pour des motivations extrinsèques comme la récompense ( bonnes notes, louanges…) ou la punition ( mauvaises notes, critiques, punitions…); l’enseignant est uniquement intéressé par le produit final, autrement dit une quantité de savoir facilement mesurable.
    Aujourd’hui, l’avancée des recherches en sciences cognitives, nous fait entrevoir une autre approche: si on envisage que l’élève est actif, l’apprentissage est facilité, l’élève apprend pour des raisons intrinsèques, il est motivé et éprouve de la satisfaction à résoudre des problèmes. Ici, l’activité mentale est primordiale puisqu’elle est intérieure: l’élève retravaille et incorpore ses connaissances avec celles assimilées antérieurement.
    Les nombreuses vidéos de votre site témoignent de cela.
    Si l’intention de changer le « paradigme » de notre système éducatif apparaît comme une évidence en ce début de XXIème siècle où le collège unique avec son cloisonnement des disciplines et des groupes d’âges ne semble plu répondre aux besoins des intelligences multiples de nos élèves, le problème pour les acteurs de terrain est toujours le même et peut se résumer en 2 mots: « gestion comptable », ou comment donner une réalité à ces instructions officielles sans qu’aucun moyen supplémentaire ( heure de concertation, décloisonnements grpes classes ou co-enseignement…) ne soit mis en place ?
    Les EPI peuvent être envisagés de plusieurs façons en fonction des « options » retenues; il est donc important d’être clair sur ce que nous voulons pour construire des projets cohérents: on peut envisager un EPI au long court associant 2 ou 3 disciplines qui construiraient une programmation sur l’année ( la progression dépendant du projet lui-même et de la possibilité d’intervenir en co-enseignement par ex.), on peut aussi envisager les EPI par période, choix qui me paraît intéressant car il mobilise toute l’équipe: une période pourrait faire l’objet d’une grande séquence interdisciplinaire sur une thématique commune en associant 2 disciplines par ex., cette option présente l’avantage d’un partage plus équitable du « poid » que représente la mise en place des Epi et nous permettrait de conserver notre autonomie sur les contenus des 4 autres périodes. Cependant, cela nécessite un important travail de concertation et de conception au sein de l’équipe pour construire le sens même de ces EPI.
    Les établissements seront-ils relever ce défi ? Si une culture du travail en équipe existe dans l’établissement, certainement.
    Si ce n’est pas le cas, le rôle du chef d’établissement sera déterminant pour donner le cap et assurer l’arbitrage. La vigilance s’impose !

  12. Charlotte

    Merci Madame Perez! superbe site qu’est le votre, très inspirant pour moi qui ne suis que contractuelle en Arts P. Déjà que je m’applique à ficeler correctement un cours dans le sillage de la démarche d’exploration pour nos élèves comme il se doit. Étant artiste et artisan d’art avant tout, j’aime mettre au défi mes élèves à pousser leurs idées de réflexion vers un projet abouti et concret pour aller au bout des choses *** la cerise sur le gâteau*** C’est très compliqué de visualiser ces prochains emplois du temps et organisations futurs, surtout avec un coordinateur ArtsP en congé maladie dans mon bahut. Merci pour vos lumières…

  13. Clipperton

    Merci Mme Perez pour votre énergie.
    Je suis dans un flou  » artistique » avec cette réforme. L’année prochaine, je vais cumuler certainement plusieurs bahuts, ou faire de l’AP ou du DAP., faire des EPI, avec des heures de concertations ( non rémunérées), essayer d’aller au bout du projet avec des collègues pas forcément volontaires ou motivés. Gérer des sorties sur tous les niveaux ainsi que le peac… Bref, du bonheur.
    Les prochaines années seront plus d’administratives avec gestion du planning serré. Le réel plaisir de faire et de faire découvrir/ expérimenter dans notre matière semble s’évaporer dans cette réforme. A voir ! je suis sceptique.

    Je regarde souvent votre site pour connaitre votre avis, ainsi que celui des collègues qui laissent un message. Merci encore pour ce merveilleux site qui est une source d’inspiration et une bulle créative pour nous tous. Bon courage à tous pour gérer cette réforme.

  14. Dyonisos

    De la plasticité du cerveau…
    Bien quoi de neuf docteur ?une réforme et une de plus qui en fait n’en est pas vraiment une puisqu’elle essaye d’imposer des dispositifs qui dans les précédentes tendaient déjà à décloisonner les disciplines. Laissons de côté les motivations qui n’en doutons pas ne sont pas que pédagogiques.
    Cela dit nous sommes citoyens et fonctionnaires ou assimilés ce qui nous suggère qu’en principe nous savons où nous mettons les pieds…Nous avons donc à priori un devoir de réflexion.
    Se retrancher dans sa tour d’ivoire, évoquer la spécificité de la discipline voire de l’activité artistique elle même n’est pas très constructif: N’oublions pas que chaque œuvre est l’expression d’une posture qui s’inscrit dans les circonstances du moment. De même l’éducation artistique inscrite comme une discipline à enseigner impose que l’on s’ouvre aux sciences de l’éducation et aux sciences cognitives : Comment apprend-on et qu’apprend-on ?
    En Arts Plastiques les programmes nous donnent une trame qui n’est pas -et d’ailleurs est-ce vraiment le cas dans toutes les autres disciplines?-un programme à boucler à chaque fin de cycle qui supposerait une acquisition des connaissances par paliers. L’important c’est donc plutôt l’approche pédagogique ; qu’est-ce que je fais de ces programmes , comment je me les approprie?
    Est-il vraiment incompatible et préjudiciable de consacrer une partie de son enseignement à une démarche de projet quand bien même transdisciplinaire ? Là encore notre connaissance de l’histoire de l’art comprise dans un ensemble ( La « Kunstgeschichte als Geistesgeschichte » de Hegel ) devrait nous permettre de garder la main sur ce que nous jugeons utile d’être enseigné dans notre discipline plutôt que de se le voir imposer ; nous ne sommes donc pas là pour illustrer un propos quand bien même historique, mais pour partager un point de vue . Il faut être ferme et droit dans ses bottes.
    L’enseignement d’exploration, l’expérimentation ne serait que l’apanage des Arts Plastiques ou de l’art? c’est un peu court…relisons donc un peu Bachelard !
    N’est -ce pas justement à nous de montrer justement qu’il est possible d’apprendre autrement en mobilisant différentes compétences , différents types d’intelligences ?
    La vraie hypocrisie pour moi réside surtout dans le fait d’imposer des réformes sans en révéler les véritables mobiles (politiques surtout et économiques ) Le problème de l’évaluation est à c’est égard très révélateur . Pour répondre aux études de l’OCDE sur l’échec scolaire ,nous avons entrepris d’appliquer des modèles expérimentés ailleurs sans les pousser jusqu’au bout ; L’approche par compétences qui suppose son pendant au niveau de l’évaluation , ne s’est accompagnée dans les faits d’aucune mesure à ce niveau; nous mettons toujours des notes me semble-t-il…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s