Le chien dans l’art.

L’histoire du chien dans la peinture et l’art montre bien le changement de considération pour ce fidèle compagnon au fil du temps. Le chien utilisé pour la chasse devient l’ami au quotidien de la famille et des enfants. Simple figurant au Moyen-âge, il se métamorphose en sujet de peinture avec les peintres animaliers. Mais c’est avec Courbet que l’animal rivalise avec la peinture d’histoire : l’artiste propose une toile monumentale lors d’une exposition où figurent des chiens. Avec l’art contemporain il devient gigantesque notamment avec le Puppy de Jeff Koons. Il a su et sait encore aujourd’hui se montrer doté d’émotions, drôle, étrange parfois féroce comme dans l’oeuvre de Roy Lichtenstein. Le chien est également le fidèle compagnon des artistes et de l’art.

La préhistoire :

La domestication du chien est intervenue au début du Paléolithique supérieur. Le chien est la première espèce domestiquée par l’homme et la seule domestiquée au cours du Paléolithique. Ce cas particulier parmi les espèces domestiques lui permet d’occuper une place à part auprès de l’Homme.

Chez les Egyptiens, le chien occupe une place particulière. Anubis (prononcé [a.ny.bis]) est un dieu funéraire de l’Égypte antique, maître des nécropoles et protecteur des embaumeurs, représenté comme un grand canidé noir couché sur le ventre, sans doute un chacal ou un chien sauvage, ou comme un homme à tête de canidé.

Coffret funéraire d’une adoratrice d’Anubis, Musée archéologique de Florence.

Anubis en dieu anthropomorphe à tête de chacal (Musée du Louvre).

Depuis la plus haute antiquité, les Grecs avaient des chiens, mais avant l’époque classique il s’agissait d’une sorte de chien-loup aux oreilles dressées qui était d’ailleurs répandu dans toute l’Europe.

Avec le temps, le chien devient pour les Grecs un animal domestique qui fait partie de la maisonnée et accompagne l’homme chaque jour, notamment à la chasse.

Le mythe de Cerbère est omniprésent : Quand Héraclès réclama Cerbère, Hadès debout auprès de sa femme répondit d’un air sombre qu’il serait à lui s’il parvenait à le maitriser sans avoir recours à sa massue ni à ses flèches. Héraclès découvrit le chien attaché par des chaînes aux portes de l’Achéron; il le serra hardiment au cou dont il surgit trois têtes munies de serpents. Sa queue, hérissée de fer, se dressa prête à frapper, mais Héraclès, protégé par sa peau de lion, ne relâcha pas son étreinte, et Cerbère, étouffé, dut céder.

Les Romains représentent des chiens dans des mosaïques :

Entrée de la maison de Paquius Proculus. / Pompeii. / Italy, Italie. Cette mosaïque est très graphique avec ses trois couleurs. La masse du chien se détache avec contraste sur le blanc du décor.

Au Moyen-âge, le chien est bien présent dans les enluminures. Compagnon de l’homme, on le voit à la chasse ou accompagnant les notables lors des promenades à cheval.
Le Livre de la chasse de Gaston Phébus : Le Livre de chasse fut rédigé, ou plus exactement dicté à un copiste, de 1387 à 1389 par Gaston Phébus, comte de Foix. Cet homme à la personnalité complexe et à la vie mouvementée, que l’historien Jean Froissart évoque dans ses célèbres Chroniques était, comme tous les seigneurs du Moyen Âge, un grand chasseur et un grand amateur d’ouvrages de vénerie et de fauconnerie.
L’ouvrage qu’il composa avec beaucoup de soin à l’âge de cinquante-sept ans fut, jusqu’à la fin du XVIe siècle, le bréviaire de tous les adeptes de l’art de la chasse ou art cynégétique.
Au Moyen-âge, les laïcs utilisaient un livre d’heure, sorte de calendrier religieux composés de textes consacrés à chaque heure liturgique de la journée, auxquels sont joints des prières et des psaumes, afin de prier à n’importe quel moment de la journée.
Ils devinrent très populaires au XVème siècle, où les peintres miniaturistes réalisaient pour les illustrer de magnifiques enluminures.
Parmi tous les livres existants, celui réalisé pour le Duc de Berry au tout début du XVème siècle par les frères Limbourg, trois artistes originaires de Flandres, est sans aucun doute le plus somptueux.
XVème siècle Miniaturec29 X 21 cmcChantilly, musée Condéc© RMN / René-Gabriel Ojéda. Le chien occupe la place centrale du premier plan. Il est représenté de manière naturaliste.

A la Renaissance, le chien accompagne également les sujets des peintres célèbres. En Flandre, Jan Van Eyck représente un chien dans La Chambre des Epoux Arnolfini, de 1474.

Jan Van Eyck, Le portrait des époux Arnolfini, 1434, huile sur panneau de chêne , 82 x 60 cm, National Gallery, Londres, UK. C’est un couple marié que représente le peintre : le chien pourrait être le symbole de la fidélité et de la loyauté.

 

Chasse dans la forêt  1465-70, Ashmolean Museum, Oxford Paolo Uccello, Les animaux indiquent la profondeur avec la direction de leur corps.

En Italie, Sandro Botticelli peint un chien en mouvement. Nastagio rencontre une dame et le cavalier dans le bois de Ravenne, musée du Prado, Madrid. L’Histoire de Nastagio degli Onesti est une série de tableaux de Sandro Botticelli exécutés en 1483 sur commande de Laurent le Magnifique afin de faire un cadeau de mariage à Giannozzo Pucci et Lucrezia Bini.

En 1563, Paul Véronèse dans Les Noces de Cana, Musée du Louvre, 1473 représente des chiens au premier plan du banquet.

Bassano représente des chiens attachés à une souche en 1548. C’est la première peinture de genre animalier.

Tintoret a rendu un vibrant hommage au talent de Bassano, le plus grand peintre d’animaux de Venise, en copiant la même année dans son Lavement des pieds (Madrid, musée du Prado), 1549, le chien du premier plan.

Le XVIIème siècle est florissant en ce qui concerne la représentation des chiens.

Velasquez dans les Ménines, 1656-1657, Musée du Prado, représente un chien allongé au premier plan. L’animal referme l’angle inférieur droit du tableau comme s’il montait la garde devant la scène.

Jean-Baptiste Greuze dans La Veuve et son curé,  entre 1750 et 1800  met en scène un chien dans une composition originale : la bête ferme le tableau dans sa partie gauche et affirme la position des bras du curé.   Un curé rend visite à une veuve et à ses enfants pour leur prodiguer ses consolations. Cette scène de genre est composée en frise sans profondeur. L’histoire se lit comme dans un livre ouvert. Le chien est lui aussi captivé par les paroles du curé.

La veuve et son cure – The widow and her confessor. Oil Eremitage (Hermitage), St. Petersburg, Russia
St Petersburg, State Hermitage.

 

Thomas Gainborough, Spitz, 1765, le chien est plein de vie et son regard nous attire, nous appelle avec ses deux pupilles noires émaillées de reflet blanc.

Dans L’Enfant gâté (1765), Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage, Greuze représente un chien qui lèche la petite cuiller de l’enfant. Le chien ajoute une dimension narrative au tableau.

L’animal de compagnie commence à cette époque a attirer l’attention et en France à la fin du XVIIIème siècle le philosophe Rousseau reconnaîtra leur nature douée de sensibilité.

À partir du XVIIe siècle, le nombre de races canines augmente sensiblement, une fois de plus en liaison avec l’activité de chasse, du moins au début. En effet, la diversification des techniques de chasse et des gibiers chassés s’est accompagnée d’une diversification des meutes. Néanmoins, vers la fin de ce siècle, les chiens de meute sont peu à peu délaissés et font place à des chiens d’un format plus petit, comme les King Charles, auxquels les souverains accordaient beaucoup d’attention.

Au XVIIème, les artistes et scientifiques s’intéressent aux traits des personnes étant sensés révéler leur personnalité. La physiognomonie à pour objet la connaissance d’une personne d’après les traits de son visage. Le Brun étudia les lignes reliant différents points de la tête en une géométrie complexe qui permet de révéler les facultés de l’esprit ou les caractères. 

Trois têtes ressemblant au loup, 1672, gravure

Petit à petit, les chiens apparaissent seuls sur les tableaux ou, au moins, tiennent le rôle principal. Certains artistes se spécialisent alors dans la peinture animalière, comme François Desportes (1661-1743), peintre officiel du Roi Soleil, Paul de Vos (1596-1678), Abraham Hondius (1625-1691), Franz Snyders (1579-1657) ou Jean-Baptiste Oudry (1686-1755).

Alexandre-François Desportes (1661 – 1743) La Chasse au Loup, 1725 Huile sur toile

 

 

Les chiens sont représentés dans des postures réalistes et la scène est vraisemblable. C’est un combat cruel qui se livre sous nos yeux.

Paul De Vos, Trois chiens jouant avec des oiseaux, 

Abraham Hondius, Chasse à l’ours, 1683, la force de l’animal sauvage est renforcée par la posture des chiens. Il semble que ce soit un boxer représenté en arrière-plan : son expression est spectaculaire. « Le plus frappant reste le réalisme avec lequel les chiens sont peints, réalisme tant anatomique qu’expressif : les attitudes et les regards caractéristiques de chaque race sont directement copiés de la réalité. Il semble même parfois que le chien ne figure sur le tableau que pour continuer à vivre éternellement. »(1)

Jean-Baptiste Oudry est un peintre animalier qui a représenté de nombreuses fois des chiens.

Lévrier sur fond de paysage (1746), collection privée, Jean-Baptiste Oudry. Les lignes du chien sont mises en valeur par le décor. La finesse du lévrier rivalise avec la grâce de l’oiseau. Sa lègèreté est également évoquée par le symbole de l’oiseau.

Les peintres se représentent eux-mêmes accompagnés de chien. William Hogarth, Le Peintre et son chien
Autoportrait au carlin (1745, Tate Britain)

Les japonais aussi représentent des chiens dans leurs estampes. Torii Kiyonaga (1752-1815) Jeunes femmes au bain avec un chien, 1781-88 RMN Grand Palais. Cette scène est érotique et éveille le désir.

Gustave Courbet peint L’Hallali du cerf, en 1867. Le tableau fut réalisé durant l’hiver 1866-1867, il est le dernier grand format de Courbet, qui s’en était fait spécialiste, notamment au travers de Un enterrement à Ornans et de L’Atelier du peintre. L’œuvre fut exposée au Salon de 1869. Le tableau fit scandale, les grands formats étant réservés à la Grande Peinture, la peinture d’histoire, plutôt qu’à une scène de chasse composée à partir de représentations de gens du peuple ou de provinciaux, lesquels sont ici magnifiés.

Briton Rivière en 1869 représente dans Fidélité, un chien mis en prison avec son maître. La relation de l’animal à l’homme est représentée dans cette toile émouvante.

Le Chemin de fer est un tableau réalisé par le peintre Édouard Manet au début des années 1870. Le chien est un détail attachant dans ce tableau. Il montre l’affection de la jeune fille pour l’animal couché sur sa jupe.

GIACOMO BALLA (Italia, 1871-1958), Dynamisme d’un chien en laisse, 1912. L’animal est choisi pour représenter la décomposition du mouvement.

Pablo Picasso, dans son Esquisse d’un chien, en une seule ligne représente un teckel.

Auparavant, dans Le jeune garçon au chien, de 1905, Ermitage, représente le couple de manière plus précise mais avec quelques touches de peinture seulement. Quelques contours soulignent les formes du garçon et du chien.

Pierre Bonnard. La nappe à carreaux rouges ou le déjeuner au chien. 1910. Col. Part. Le chien contraste avec les couleurs chaudes et froides de la peinture. Mais avec une tache de noir, le peintre montre à la fois l’expression de l’animal et sa posture.

Miro dans Le chien, fait de l’animal un signe, une forme presque abstraite.

Toujours MIro, Le chien bleu, 1957

Fernand Léger, Le chien sur la boule, 1953, le chien est le personnage principal du tableau. Les taches du chien au niveau de leur facture contrastent avec les contours des personnages plus fermes et courbes.

Chien, Giacometti, 1959, le chien est malingre peut-être vagabond.

Zeng Fanzhi, 1988, Mask, le chien accentue l’émotion du personnage. Les couleurs sont vives et crues. La mise en scène des regards nous pose une question, celle du nôtre et de notre capacité à éprouver de l’empathie en voyant cette peinture.

Zhou Chunya est connu principalement pour sa série de peintures colorées « chien vert », mais est également considéré comme un des peintres de scènes rurales et de nature les plus doués de son pays. Ses œuvres sont presque expressionnistes — utilisant parfois des coups de pinceau francs, et d’autres fois créant des paysages colorés, flous et indistincts. Trois Boxers, 2007

Le chien Vert, Durant plus d’une décennie, Zhou Chunya a peint son chien, un berger allemand choyé. Il l’a toujours peint vert, avec un ventre et une langue rouges. Ses œuvres montrent non seulement la compréhension profonde qui existait entre Zhou Chunya et son ami, mais aussi l’immense talent de l’artiste pour retranscrire chaque émotion et état d’âme, s’appliquant aussi bien aux hommes qu’aux animaux, en utilisant le même modèle encore et encore. Quand le chien mourut, vraisemblablement empoisonné par les voisins, le chagrin et la peine de Zhou Chunya s’exprimèrent directement sur la toile avec son merveilleux vert pale, droit et raide comme un chien inanimé.

 

Daniel Trammer est un peintre actuel animalier qui représente des chiens anthropomorphes dans des costumes du XVIII et XIX ème siècles.

Le cavalier et son ami,

Jean-Michel Basquiat en 1982 représente un garçon avec un chien.  Boy and Dog in a Johnnypump 1982

Miguel Barcelo, Chien avec os, 1983, le chien devient matière picturale.

Keith Haring en 1985, dans Chien, représente un chien rempli de motifs qui sont en fait des personnages.

Roy Lichtenstein, Grrrrrrrrrrr!!, 1965
Oil and Magna on canvas
68 x 56 1/8 inches
Solomon R. Guggenheim Museum, New York

Jeff Koons, Puppy, Musée de Bilbao d’art contemporain,

Cerbères de l’artiste William Sweetlove. Années 2010

Yayoi Kusama — Polka Dot Dog 1 — At TATE 2019

Voici maintenant une toile de Bruno Perramant, 8+8, Un chien, 2011.
(Galerie IN SITU Fabienne LEclerc). Le chien est perdu dans ce décor géométrique et attaché au coin inférieur gauche. Serait-ce l’abandon que le peintre dénonce ?

Ivy and Poppy, néons, 2012, la rencontre lumineuse de deux chiens. La lumière incarnerait-elle les aboiements ?

Lionel Sabatté, Loup, 2011, poussières. L’animal est à la fois fragile et inquiétant.

Julien Marinetti, Bouledogue français,

William Wegman est un photographe d’art dont les modèles sont des chiens.

James Ruby réside à Newburgh Heights, en Ohio, aux Etats-Unis. Ses tableaux représentent des portraits de chiens dans des plans rapprochés. Les détails sont impressionnants, et les effets de lumière parfaitement maîtrisés. Le résultat n’en est que plus réaliste.

Pour finir cet article, trois oeuvres contemporaines plutôt comiques !

Bharti Kher
Hungry Dogs Eat Dirty Pudding (and detail)
2004
Fibreglass and plastic
40 x 100 x 125 cm

L’installation est étrange et un soupçon comique. Le chien s’aspire lui-même.

Yashitomo Nara né en 1959

L’artiste Dominic Wilcox a proposé aux Londoniens en 2016 une exposition pensée exprès pour le plus fidèle ami de l’Homme…

Cette exposition est adaptée aux mouvements de l’animal et met en scène pour lui des expériences inédites.

(1) https://www.wikichien.fr/tout-sur-mon-chien/encyclopedie-du-chien/le-chien-et-la-culture/le-chien-dans-la-peinture/

D’autres thématiques ici :

Les constituants dans les arts plastiques

4 commentaires

  1. Martine Chiarappa

    Très bonne idée cet article, beaucoup de références. Je lis vos articles et ils sont inspirants pour mes projets. La représentation de l’animal chez les élèves est intéressante et d’autant plus aujourd’hui qu’elle peut les sensibiliser aux populations diverses du vivant dans le sens de l’éthique.
    Merci pour votre dynamisme communicatif!!

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